La réflexion a émergé voici plusieurs mois au cours d'un Comité national de sécurité dans les transports en commun. Les attentats meurtriers du 13 novembre 2015, commis notamment par un ex-conducteur de bus de la RATP, a de nouveau mis le sujet sur la table : les transporteurs doivent-il avoir accès au passé judiciaire de leurs salariés ? Et si oui, à quels métiers de l'entreprise s'appliquerait cette mesure ? Aujourd'hui, il existe une habilitation administrative pour certains employés qui travaillent sur des sites sensibles comme les zones aéroportuaires et les centrales nucléaires, par exemple.

Une réflexion engagée
 
L'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) a révélé, lors de sa conférence de presse du 24 novembre 2015, qu'elle avait été consultée sur cette question par les pouvoirs publics, mais que son avis n'était pas, à ce jour, arrêté. L'organisation professionnelle avoue qu'il n'est pas simple de trouver une position équilibrée. Il faut, en particulier, veiller au principe de non-discrimination des personnes en raison de leurs convictions religieuses. "Il n'est pas question d'agir dans la précipitation, car cela a des conséquences sur les libertés individuelles", a expliqué Claude Faucher, délégué général de l'UTP.
 
Concrètement, les responsables des centres de régulation du trafic, le personnel de maintenance, celui qui travaille sur l'infrastructure ferroviaire, les conducteurs de métro, bus, tramways... pourraient êtres concernés. La mesure pourrait également viser les sous-traitants chargés de la maintenance et de la propreté. S'il était décidé d'accéder aux antécédents judiciaires de l'ensemble du personnel, cela représenterait 260 000 salariés dans l'urbain et quelques dizaines de milliers de plus qui travaillent pour des sous-traitants. "Ce sont des sujets lourds qui nécessitent de prendre du temps", a conclu le président de l'UTP, Jean-Pierre Farandou.

La laïcité préservée
 
Autre sujet d'inquiétude dans cette période post-attentats, la laïcité. Il ne s'agit pas ici d'une question nouvelle pour un service public tenu de respecter les valeurs de la République même si les "
faits religieux" existent. Lors de la conférence de presse de l'UTP, François-Xavier Perin, président du directoire de RATP Dev, a rappelé que le groupe avait introduit une clause de laïcité et de neutralité dans les contrats de travail en 2005. A l'instar de la PDG du groupe, Elisabeth Borne, il a assuré qu'aucun comportement contraire n'était toléré.
 
Président de Keolis, Jean-Pierre Farandou a expliqué qu'il encourageait la signature de chartes de la laïcité entre l'entreprise et les organisations syndicales. Il a également rappelé que cette question de la laïcité peut figurer dans le règlement intérieur. Ainsi, l'enfreindre peut entraîner des procédures disciplinaires.
 
Côté Transdev, sa directrice générale France, Laurence Broseta, a expliqué que les comportements non-professionnels ne sont pas acceptés dans l'entreprise, précisant que le fait de refuser de serrer la main d'une femme, ne constitue pas une faute professionnelle contrairement au fait de ne pas transmettre des consignes, ou de ne pas parler à son supérieur hiérarchique, par exemple. Il s'agit, selon elle, de fixer des limites claires. Laurence Broseta a également rappelé que le secteur était un gros pourvoyeur d'emplois et reflète la diversité de la société. Le groupe Transdev travaille en particulier sur l'insertion des personnes en situation difficile.

Coopération renforcée avec les forces de l'ordre
 
Enfin, sur les questions de sécurité des personnes, l'UTP rappelle que ce sujet relève de l'État puisque les transports sont une composante de l'espace public. Cependant, les réseaux de transport sont "un maillon" du dispositif de sécurité. Ainsi, l'organisation professionnelle avait annoncé, en octobre 2015, la signature d'une convention cadre avec la police et la gendarmerie afin d'améliorer encore la coopération entre les réseaux de transport et les forces de l'ordre. Interrogé sur l'opportunité de s'appuyer sur la police municipale, le président de l'UTP, Jean-Pierre Farandou s'est dit prêt à engager une réflexion afin de mieux  travailler avec cette police de proximité.
 
Florence Guernalec