C’est  ce qui s’appelle tirer à boulet rouge. "L’installation de portiques pour sécuriser les trains Thalys demandée par la ministre Ségolène Royal n’est pas satisfaisante. (...) Il s’agit d’une mesure très coûteuse – 2,5 millions d’euros par an et par quai ! – pour une efficacité très limitée", juge le sénateur LR de la Vienne Alain Fouché. D'autant que les autres pays traversés par ce service – Belgique, Pays-Bas, Allemagne – ne sont pas enclins à installer des portiques dans leurs gares, alors que lors de la tentative d'attentat contre le Thalys, l'auteur est monté à Bruxelles, rappelle le sénateur.

Cet ancien adversaire politique de Ségolène Royal lorsque celle-ci était à la tête de la Région Poitou-Charentes est le cosignataire avec son collègue François Bonhomme (LR) d'un rapport d'information "sur la sécurité des réseaux terrestres face à la menace terroriste".

Ce rapport – qui comporte quinze propositions – adopté par la commission de l'aménagement du territoire et celle des lois du Sénat a été présenté à la presse le 13 janvier.

Une proposition singulière

La seconde assemblée préconise que la SNCF réalise des opérations aléatoires, au moyen de portiques déplaçables "déployables sur l'ensemble du réseau". Un jour, ils filtreraient les voyageurs de Paris-Bordeaux ; un autre, ceux du réseau banlieue etc. Cela aurait un effet dissuasif en créant un "climat d'incertitude" sur les personnes  souhaitant commettre un attentat, veulent croire les parlementaires.

Reste que le Sénat n'aborde pas la question des difficultés en termes d'exploitation avec des portiques surprises qui créeraient un ralentissement à l'accès au train. Impossible par nature de demander aux voyageurs d'un train d'arriver plus tôt. On imagine déjà les conflits avec les voyageurs ratant leur train à cause d'un filtrage imprévu.

En tout cas, pour les sénateurs, l'opération Royal sur le Thalys, déclinable à tous les autres trains comme dans un aéroport est impensable. Elle détournerait la clientèle et mettrait les entreprises ferroviaires en péril financièrement, les obligeant à mobiliser des "fortunes colossales", pointe Alain Fouché. 

La somme de 2,5 milions d'euros par quai tient compte de la location du matériel de contrôle par l'opérateur ferroviaire et du salaire du personnel mobilisé 16 heures sur 24. Pire, un filtrage systématique pourrait même déplacer le risque terroriste sur les files d'attente créées par ce contrôle. Et le sénateurs de citer l'exemple de cette femme kamikaze qui s'est fait sauter en 2013 dans une gare à Volgograd, dans une file d'attente, tuant 17 personnes. 

De toute façon,"l'espace contraint des gares (…) et les flux de passagers qu'elles drainent rendent l'installation des portiques sur l'ensemble des quais physiquement impossibles", conclut le texte.

Silence sur les portiques de PACA

Pour autant, le rapport du Sénat – présidé par la droite – ne dit pas le moindre mot sur l’initiative du même genre que celle de Ségolène Royal déployée à l'échelle du TER par le nouveau président LR de région PACA, Christian Estrosi.

Pris au piège de sa promesse électorale sécuritaire – la candidate du FN avait écarté cette mesure jugée démagogique et irréaliste ! – Christian Estrosi entreprend, en effet, d'engager des sommes folles pour sécuriser le réseau des TER,  où chaque train marque autrement plus d'arrêts qu'un Thalys.

"Si la Région décide de le faire, elle peut le faire. La Région finance le TER et peut décliner cette mesure seule", a répondu Alain Fouché lors de la conférence du 13 janvier, tandis que les autres sénateurs ont observé un silence poli sur cette question.
                
Consensus sur la proposition de loi Savary mais…

Seule certitude, la mission des sénateurs apporte son soutien à la proposition de loi de leur collègue député Gilles Savary. L'essentiel des propositions du rapport consiste, en effet, à rejoindre ou à compléter les mesures contenues dans le texte qui sera examiné par la Haute assemblée à partir de la fin janvier 2016 : autorisation donnée à la SUGE et au GPSR de procéder à des fouilles préventives des bagages ou des palpations, pas d'accès au train à une personnes refusant de montrer ses papiers d'identité.

Cependant, un consensus politique n’est pas une garantie de succès. Le sénateur (LR) Philippe Bas, ex-secrétaire général de l’Elysée souligne les éventuels obstacles à venir du Conseil constitutionnel. "La question de la constitutionnalité des propositions aura une place importante dans de débat", a-t-il prévenu. En cause notamment, les palpations et les contrôles d'identité.

Bref, ce n'est pas encore gagné pour la proposition de loi Savary en gestation depuis des mois pour répondre à l'urgence terroriste.

Marc Fressoz