"Nous voulons vous alerter sur la situation difficile dans laquelle le fret ferroviaire français se trouve." Ainsi débute la lettre adressée par quatre opérateurs majeurs du secteur à Manuel Valls et dont nous avons eu copie. 

Pour les signataires, Guillaume Pepy président de la SNCF, Alain Thauvette président d'Euro Cargo Rail, Jean-Pierre Farandou, président de l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) et Jacques Gounon, président d'Europorte, l'heure est grave. Car si le fret ferroviaire a cessé de décliner, "il est soumis à une concurrence routière féroce qui ne paie pas l'intégralité de ses coûts d'utilisation de l'infrastructure et qui bénéficie à l'échelle européenne de souplesses sociales considérables".

Un contexte qui pourrait être aggravé par la sortie mi-février du décret-socle qui doit poser les règles de travail communes au public et au privé. Ce texte réglementaire "risque de se traduire par un renchérissement des coûts de production du fret ferroviaires du secteur privé, accroissant son différentiel de compétitivité avec la route".

Des pistes de réflexion

Les signataires suggèrent au Premier ministre quelques "pistes de réflexions (…) pour permettre au fret ferroviaire de résister et de participer activement aux objectifs de la COP 21" :

  • Maintien de la compensation publique des péages fret pour une période longue ;
  • Aide au renouvellement du réseau capillaire de minimum 150 M€ répartis sur cinq ans ;
  • Prime au report modal : les chargeurs s'engageant à transférer des volumes de la route au rail recevraient une aide à la tonne kilomètre transportée ;
  • Contribution à la création ou la rénovation d'embranchement et réseau capillaire ;
  • Suppression du projet de surtaxe du gasoil non routier et prime à l'énergie électrique de traction ;
  • Financement par l'État des équipements embarqués de signalisation européenne ETCS

De tels mécanismes, qui existent dans des pays voisins comme la Suisse ou la Grande-Bretagne "concourraient au maintien de l'emploi de milliers de cheminots dans le groupe public comme chez les opérateurs privés", expliquent les signataires. Si l'État les adoptait, il enverrait aussi un signal très fort aux partenaires sociaux : "A ces dernier de prendre leurs responsabilités en négociant le cadre social moderne et performant qui permettra le développement de cette activité dans notre pays",  conclut la lettre.

Robert Viennet