Un vaste bâtiment en verre aux formes arrondies et de plusieurs tonalités de rouge qui rappellent les murs en briques du 20e arrondissement de la capitale. À l'angle de la rue des Pyrénées et de la rue de Lagny, la porte d'entrée principale est surmontée d'un panneau indiquant qu'ici se trouvent des locaux du ministère de l'Intérieur. Mais rien à voir avec la place Beauvau et les bureaux du ministre. 

Cette "cathédrale de verre" toute neuve, installée sur 1,1 hectare accueille également une crèche, un collège et … les 184 bus du dépôt RATP de Lagny-Pyrénées. Pour s'en rendre compte, il faut se diriger sur le côté du bâtiment, rue de Lagny et les voir s'engouffrer les uns derrière les autres pour investir les trois niveaux (dont deux en sous-sol) qui leur sont attribués pour leur remisage comme pour leur maintenance.

Conjuguer urbanisme et industrie

Le dépôt de bus de Lagny-Pyrénées, opérationnel depuis novembre 2015, a été officiellement inauguré le 7 mars 2016 par Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, Elisabeth Borne, PDG de la RATP, Christophe Nadjovski, adjoint de la maire de Paris chargé des Transports et des élus de l'arrondissement. Il fallait bien un tel aréopage pour saluer ce qui est à la fois un beau geste architectural et le symbole d'une politique qui "conjugue urbanisme et industrie" comme le souligne le dossier de presse. 

A Paris, l'espace est rare et un dépôt de bus, ça en occupe beaucoup. Alors pour éviter de les voir relégués au-delà du périphérique, ce qui serait très pénalisant pour le réseau parisien et même les agrandir pour faire face à la demande accrue de transport, la RATP fait preuve d'audace. Elle construit en sous-terrain tout en valorisant l'espace par la construction de six étages de bureaux et d'équipements publics comme à Lagny-Pyrénées ou de logements sociaux comme les ateliers Jourdan dans le 14e arrondissement.

184 bus au lieu de 110
 
L'ancien centre de bus de Lagny-Pyrénées accueillait 110 autobus alors que le nouveau, invisible à l'œil des riverains, peut en abriter 184. Il est également plus fonctionnel puisque comme l'a souligné Valérie Pécresse citant Rémi Feredj, directeur du département valorisation immobilière de la RATP : "dans l'ancien dépôt, l'entassement était tel que le dernier bus entré était obligatoirement le premier à sortir". L'administration du centre bus (700 personnes au total) se partage en outre 2000 m² de bureaux alors que le ministère de l'Intérieur en a 28 000 à disposition.  

Réalisé par Icade et l'architecte Brigitte Métra, ce bâtiment qui a mis quatre ans à sortir de terre, est recouvert de larges baies vitrées ouvertes côté rue. Des bulles d'éclairage zénithal disposées dans le jardin central (oui oui un vrai jardin) de 3500 m² recouvrant le dépôt de bus, laisse pénétrer la lumière du jour dans l'atelier de maintenance. Le bâtiment a même englobé un tronçon de la rue de la Plaine transformée en cour d'école. Et pour que les riverains ne soient pas trop perturbés dans leurs habitudes, un passage public permet la traversée piétonne du bâtiment.

Un projet autofinancé à 85%

Une prouesse architecturale qui s'est vu décerner le prix du meilleur projet international en matière de renouvellement urbain par l'institut canadien d'urbanisme de Toronto en octobre 2014.  Ce projet aura coûté 140 millions d'euros dont 53 pour le centre bus, financés par la RATP (45 millions d'euros par valorisation immobilière) et le Syndicat des transports d'Île-de-de-France (8 millions d'euros).

Ce dépôt ultra-moderne conçu voici plus de dix ans, bien avant la politique de transition énergétique de la RATP, pourra sans difficulté majeure accueillir des bus 100% électriques, assure-t-on à la RATP.

Robert Viennet