LGV Poitiers-Limoges, un dernier petit tour et puis s'en va ? Le rapporteur public argumentera mercredi 23 mars devant le Conseil d'État en faveur de l'annulation de la déclaration d'utilité publique (DUP) prise en janvier 2015 pour la réalisation de la ligne à grande vitesse (LGV) Poitiers-Limoges. 

Les requérants du Collectif des riverains impactés (CRI), ont été informés de la position du rapporteur public sur une plate-forme en ligne dédiée du Conseil d'État, uniquement accessible aux parties prenantes. Si "les juges ne sont pas liés par ces conclusions, ils suivent souvent l'argumentation du rapporteur public", s'est réjoui Marcel Bayle, pour le collectif.

"C'est très positif, même s'il faut désormais attendre la décision des juges qui sera connue sous un mois maximum", souligne Robert Rolland, pour le Collectif "Non à la LGV, oui au POLT", qui regroupe à lui seul une trentaine d'associations et collectifs limousins et qui milite en faveur de la modernisation de la ligne existante Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT).

Hier marginaux, les opposants à la LGV - treize structures en tout, regroupant chacune plusieurs dizaines de collectivités, municipalités, collectifs et associations de riverains et usagers se trouvant sur le tracé de la ligne reliant Toulouse à Paris - semblent aujourd'hui bénéficier d'un renversement de l'opinion publique.

"Plus personne ne peut raisonnablement penser qu'il est possible de réaliser la LGV tout en modernisant la ligne POLT et il y a eu la prise de conscience que la LGV sera l'arrêt de mort de la POLT, donc la disparition de  toute forme de desserte vers Paris pour quantité de citoyens des zones rurales" a expliqué Robert Rolland.

Un choix délicat

La SNCF et l'État vont engager 1,5 milliard d'euros pour la sécurisation et  la modernisation de la POLT. C'est sur cette ligne qu'avait eu lieu, en juillet  2013, l'accident de Brétigny-sur-Orge (Essonne), au cours duquel sept personnes avaient été tuées. 

Politiquement, les promoteurs de la LGV ne peuvent plus compter sur l'appui d'Alain Rousset, le président de la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Pendant l’entre-deux tours des élections régionales, il avait renoncé à la LGV Poitiers-Limoges pour bénéficier de l'appui des écologistes.

Cependant, relève Marcel Bayle du CRI, "le Conseil d'État est confronté à un choix délicat : soit il annule le décret de DUP en contredisant le Premier ministre et certains élus de Haute-Vienne qui l'ont incité", soit il la conforte contredisant en cela "sa section des travaux publics, qui avait rendu  un avis négatif sur le projet de LGV ; la Cour des comptes, qui a démontré que cette LGV serait un gouffre financier ; et maintenant son rapporteur public qui demande l'annulation de la DUP".


MF avec AFP