"Ces résultats nous confortent dans notre ambition de faire partie des leaders mondiaux de la mobilité durable et de la ville intelligente", a déclaré Elisabeth Borne lors de la présentation des résultats 2015 du groupe RATP le 25 mars 2016. Sa PDG a annoncé une hausse du chiffre d’affaires (CA) de 5,7% qui s'établit à 5,55 milliards d’euros. Une progression portée par ses filiales qui voient leur CA progresser de 25% et qui représentent désormais 20,6% du chiffre d’affaires du groupe contre 17,4% en 2014. L’EBIT récurrent s’établit à 590 millions (contre 487 l’année précédente), une hausse due à 90% à la baisse des frais financiers.

Le résultat net part du groupe 2015 est stable à 302 millions d’euros. La RATP l’explique notamment par le faible niveau d’inflation (d’où la faible augmentation de la rémunération de la RATP par le Stif), la faible hausse du trafic mais aussi par des dépenses réalisées pour améliorer la qualité de service. Avec le contrat Stif, la RATP prévoit d’ores et déjà "un résultat de l’ordre de 200 millions d’euros en 2016".
La totalité de son résultat net est consacré au financement des investissements de modernisation et de renouvellement du réseau.

La capacité d’autofinancement du groupe est en augmentation à 1,04 milliard en 2015 (contre 990 millions), un montant qui couvre "largement les investissements nets de subventions", selon le communiqué.
Sa dette augmente légèrement à 5,27 milliards d’euros (+258 millions) en raison de sa politique d’investissement.
Parallèlement, ses capitaux propres sont en hausse et s'établissent à 3,67 milliard d’euros (+17%).
Résultat, le groupe RATP peut annoncer un gearing (endettement net/capitaux propres) de 1,4 en 2015 contre 1,6. Son objectif est de tomber à 1 en 2020.

L’Île-de-France bat des records

Le groupe RATP a réalisé un investissement record en Île-de-France à 1,83 milliard d’euros (+16%) répartis comme suit :
- 744 millions d’euros pour la modernisation des infrastructures et des équipements existants (renouvellement de la voie et du ballast du tronçon central du RER A notamment) ;
- 594 millions pour le renouvellement et la rénovation du matériel (déploiement du matériel à 2 niveaux MI09 sur le RER A à raison de deux nouvelles rames/mois, achèvement de la rénovation de 66 rames MI79 sur le RER B…) ;
- 494 millions pour l’accroissement de la capacité de transport (10 rames MI09, 6 nouvelles rames pour le tramway T2…)

L'effort d'investissement va se poursuivre dans le cadre du nouveau contrat signé avec le Stif pour la période 2016-2020 : 8,5 milliards d’euros au total dont 4,2 milliards financés sur fonds propres de la RATP. Tous les modes de transport sont concernés, avec notamment : 
- les prolongements de lignes (T1, T3, T6, T7, M4, M11, M12 et M14) ; 
- la poursuite de la rénovation sur le RER (infrastructures, matériel roulant, gares) ;
- l’accélération de la transition énergétique du parc de bus dans le cadre de son
plan Bus 2025
 
La RATP a mis en service 150 bus hybrides à fin 2015 (520 prévus à mi-2016) et a débuté
l’expérimentation sur ses lignes des premiers bus standard 100% électriques. 

Un bilan trafic à parfaire

Le trafic voyageurs a connu une hausse de 0,9% seulement, soit 27,8 millions de voyages supplémentaires pour un total de 3,25 milliards en 2015. La RATP explique ce chiffre par l’impact des attentats de janvier et novembre. "Le samedi, lendemain des attentats, la fréquentation a baissé de 50% ; 30% le dimanche ; 10% ensuite…", a illustré Elisabeth Borne. Néanmoins, ce chiffre global cache des disparités : baisse de la fréquentation dans le RER (-1%), le métro (-0,4%) mais hausse dans le bus (+0,4%) et dans le tramway (+14,9%) lié à l’entrée en service des nouvelles lignes T6 et T8.

Cependant, le passage au passe Navigo à tarif unique au 1er septembre 2015 a eu, au contraire, des effets positifs sur la fréquentation même si la RATP n’est pas encore en mesure de le chiffrer précisément. "Nous avons observé une augmentation des ventes des forfaits mensuels et une baisse de la vente de tickets et de forfaits courts", a précisé la PDG. Il a été convenu avec la SNCF de faire un point cet été. Il s’agira notamment de savoir si ces nouveaux abonnés Navigo étaient déjà des usagers des transports ou si ce sont de nouveaux voyageurs.

La RATP se normalise

En 2016, la RATP sera soumise à l’impôt sur les sociétés (IS). Même si Elisabeth Borne n’a pas donné de chiffres sur le montant de cet IS, elle a expliqué qu’il sera "largement compensé par le CICE [crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi]", auquel n’avait pas droit la RATP jusque-là. "Cela participe à la normalisation de la RATP. C’est indispensable pour rentrer dans la concurrence sans être critiquable", a-telle plaidé.

Car la concurrence approche pour les futures lignes du Grand Paris Express. Une perspective que sa PDG aborde sereinement : "RATP Dev est un énorme apport pour l’EPIC, car elle dispose d’un savoir-faire pour répondre aux appels d’offres. Notre filiale nous apprend la culture de la concurrence dans le monde anglo-saxon".

RATP Dev a d’ailleurs vu son chiffre d’affaires augmenter de 25% à 1,11 milliard d’euros (+17,3% hors effet de conversion), et son résultat d’exploitation de près de 60%. "Nous avons réussi – et ce n’est pas simple – à concilier croissance en volume et rentabilité", a insisté Elisabeth Borne. 

En France, la filiale de la RATP est parvenue à renouveler plusieurs contrats comme celui d’Annemasse et de Vierzon. Elle a remporté plusieurs appels d’offres dont celui de Valenciennes et Laon.

L’international prend du poids

A l’international  (70% de son chiffre d’affaires), RATP Dev a prolongé son plus gros contrat de quatre ans à Austin aux États-Unis, et a lancé la mise en place du futur réseau de bus de Riyad en Arabie Saoudite. La filiale a également remporté le marché des 2800 bus de Toscane. C’est désormais confirmé. Depuis début 2016, elle opère la première ligne de tramway de Washington, et se positionne sur l'extension programmée du réseau.

Ainsi, RATP Dev va continuer à répondre aux appels d’offres en France et à l’étranger : "tous les réseaux sont potentiellement des cibles à condition d’avoir une croissance rentable, a  expliqué François-Xavier Perin, président de RATP Dev sans donner de noms. Nous n’irons pas à la bataille pour prendre des parts de marché au détriment de la rentabilité". "Nous n’avons pas besoin d’aller chercher coûte que coûte des références, car nous les avons déjà", a insisté Elisabeth Borne.

À l’horizon 2020, RATP Dev prévoit que l’international représentera 75% d’un chiffre d’affaires qui s’établirait alors à 2 milliards d’euros. Cela s’explique notamment par les projets pharaoniques de développements du transport urbain dans les pays du Golfe. Ainsi, les filiales devraient monter à 30% du CA du groupe RATP. Un apport de poids qui doit lui permettre d’atteindre 7 milliards d’euros de CA dans quatre ans.

Florence Guernalec