"Nous ne comprenons pas pourquoi la métropole de Lyon a choisi de lancer un appel d’offres auquel seul JCDecaux est en mesure de répondre", lance Laurent Mercat, président de Smoove. Cette PME propose des systèmes de vélos en libre-service (VLS) dans 11 villes françaises, ainsi qu’à Moscou, Helsinki et Vancouver. "Je n’ai jamais vu ça. Ce qui se déroule à Lyon est une première", poursuit le responsable.

En cause : le renouvellement du contrat d’exploitation du Vélo’v lyonnais, qui arrive à échéance fin 2017, et sur lequel Smoove aimerait avoir une chance de se positionner. En décembre dernier, Lyon Métropole a lancé un appel d’offres qui reprend la formule de l’actuel contrat remporté en 2005 par JCDecaux. Ce contrat un peu particulier lie la publicité à l’exploitation de Vélo’v. Concrètement, JCDecaux gère le service de VLS, qui n’est pas rentable, en échange de pouvoir exploiter quelque 650 panneaux et plus de 2000 abribus pour son activité publicitaire. Les recettes de la publicité sont ainsi censées compenser les pertes du Vélo’v.

Le problème est que cette formule, liant publicité et VLS, n’est accessible qu’a une entreprise capable de proposer ces deux activités. C’est le cas bien entendu de JCDecaux. Mais pas de Smoove, qui a développé un système complet de VLS, mais ne possède pas d’activité publicitaire. Pour la PME, cet appel d’offres a donc été taillé sur mesure pour qu’il soit remporté par le géant français de l’affichage publicitaire.

Smoove se pourvoit en cassation

La start-up montpelliéraine estime que la métropole doit diviser le marché en lots, en se référant notamment à l’article 10 du code des marchés publics, et distinguer ainsi l’activité publicitaire de l’exploitation du VLS. C’est, par exemple, ce qu’a choisi de faire Paris pour le renouvellement du Vélib’, également géré par JCDecaux, où les deux activités sont désormais désolidarisées dans le nouvel appel d’offres. "Plus aucune ville française n’a réédité ce type de contrat depuis 2009, car cette association publicité/VLS est critiquée pour le manque de transparence entre dépenses et recettes", souligne Smoove.

Pour défendre sa position, la PME a lancé une action en justice auprès du tribunal administratif de Lyon. Mais ce recours a été rejeté le 16 mars 2016. Principal argument mis en avant par la juridiction administrative : la séparation des deux activités augmenterait les coûts, point de vue défendu par Lyon Métropole. "Le marché global permet, en outre, de faire supporter au seul prestataire la responsabilité de l’ensemble du système et évite de mettre à la charge de la métropole de Lyon la gestion des problèmes d’interface entre des systèmes distincts et les conflits qui en résultent", peut-on lire dans l’ordonnance.

Sauf qu’aucun chiffre n’a été donné pour valider cet argument, souligne Smoove. "Nous sommes convaincus de pouvoir proposer une solution moins onéreuse, sans nécessité l’association avec de la publicité", poursuit la start-up. Rappelons que Smoove propose un "système inversé" par rapport aux systèmes tels que Vélib’où toutes les communications s’effectuent au niveau des stations. Dans le cas de Smoove, c’est le vélo qui intègre un boîtier de communication radio. Les stations sont donc très légères et plus simples à déployer en voirie. C’est ce qui a notamment convaincu Moscou, Helsinki et Vancouver.

Suite au rejet du tribunal administratif de Lyon, Smoove a décidé de se pourvoir en cassation auprès de la cour d’appel de Paris. "Par ce pourvoi en cassation, nous souhaitons légitimement défendre nos chances de remporter le marché du renouvellement des Vélo’v et souhaitons faire respecter nos droits à la concurrence. Nous gardons espoir et serions très fiers de pouvoir équiper le Grand Lyon en prouvant à la collectivité la performance technique et économique de nos solutions", conclut Laurent Mercat.

Contactée par notre rédaction, la métropole de Lyon s’est refusée à tout commentaire sur le sujet.

Christophe Guillemin