"Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous avons décidé de réduire l’offre kilométrique des Cars du Rhône", a déclaré Christiane Agarrat, vice-présidente du département du Rhône en charge des transports, lors d’une conférence de presse, le 29 avril 2016, à Lyon.
 
En septembre 2016, l’ensemble des 39 lignes régulières seront impactées par cette décision qui se traduira par une baisse effective des kilomètres commerciaux de 10%. Ou de 35% si l'on compte les "hauts le pied", c'est-à-dire les trajets permettant aux conducteurs de prendre leur service.
 
"Si les services que nous supprimons correspondaient à un besoin ou avaient eu une utilité, nous les aurions maintenus. Mais ce n’est pas le cas, puisque la fréquentation était extrêmement basse avec des lignes empruntées par moins de 5 voyageurs par jour."
 
Coup de griffe budgétaire
 
Cette rationalisation de l’offre vise à réaliser 8,3 millions d'euros d’économies par an pour un budget de fonctionnement de 58,4 millions. Elle a été guidée par la réduction des dotations de l’Etat. "Mes prédécesseurs disposaient d’un budget de 1,6 milliard d'euros et consacraient 54 millions aux transports. Aujourd’hui, le budget général est de 500 millionq", a rappelé Christophe Guilloteau, président du conseil départemental du Rhône.
 
Dans un courrier daté du 7 mai 2015 et adressé à Gérard Collomb, alors président du Sytral, Christophe Guilloteau soulignait déjà le surdimensionnement du réseau des Cars du Rhône. "Je ne peux me résigner à faire voter par l’assemblée départementale une contribution de 58,4 millions d'euros par an jusqu’en 2021", écrivait-il.
 
2021 est la date d’échéance des quatre contrats de délégation de service public (DSP) passés en 2012 par l’ancienne majorité départementale. Cette collectivité avait alors créé le Syndicat mixte des transports du Rhône (SMRT) pour piloter ces services. Mais celui-ci a été dissous lorsque le Sytral est devenu le 1er janvier 2015 l’unique autorité organisatrice des transports pour la métropole lyonnaise et le département du Rhône.
 
Des DSP "un peu toxiques"
 
Lors du comité syndical du Sytral du 29 avril 2016 au cours duquel devait être validée l’adaptation de l’offre des Cars du Rhône, Christophe Guilloteau a qualifié ces DSP de "folkloriques et d’exotiques". Christiane Agarrat estime, pour sa part, que "ces contrats ont été mal ficelés dès le début".
 
En atteste l’audit réalisé par le Sytral à la demande du Conseil départemental. "Ces DSP étaient un peu toxiques. Plusieurs points étaient complètement anachroniques comme la durée d’amortissement des véhicules ou les prix d’achat du carburant insolites."
 
Au point que les élus de la nouvelle majorité ont envisagé de les dénoncer, avant d’entamer des négociations avec les quatre délégataires afin de rationaliser l’offre "dans la perspective d’un service plus efficace et optimisé sur le plan budgétaire".
 
Ce travail de réorganisation a permis de ramener à 50 millions d'euros le budget de fonctionnement des Cars du Rhône. Une mesure qui épargne les transports scolaires.
 
Une nouvelle offre à partir de septembre
 
"En décembre 2014, nos prédécesseurs avaient demandé au Sytral de réfléchir à une adaptation de l’offre et visaient une réduction kilométrique de 45%. Ce qui aurait conduit à la suppression de services pendant les week-ends, les vacances scolaires et la pause méridienne", ne manque pas de rappeler Christiane Agarrat. "Ce que nous ne ferons pas."
 
En septembre prochain, les services en heure de pointe seront maintenus les jours ouvrés avec un aller et retour entre 12h00 et 14h00. Durant les vacances scolaires, une desserte sera organisée au cours de la journée avec un niveau de service allégé pour les lignes les moins fréquentées.
 
Pendant les week-ends, seules les lignes transportant plus de dix voyageurs par trajet seront maintenues, et ne fonctionneront que celles empruntées par plus de cinq usagers le dimanche.
 
Le transfert des transports interurbains à la Région
 
Cette réduction budgétaire intervient un peu moins d'un an avant que le Département ne passe le relais à la région Rhône-Alpes qui gérera, à partir du 1er janvier 2017, les transports interurbains.
 
Cette réforme institutionnelle prévue par la loi NOTRe s’accompagnera d’un transfert financier équivalent aux dépenses de fonctionnement fixées en 2016.
 
"En réduisant notre budget, nous transférerons moins de dotations à la Région", reconnaît Christiane Agarrat. "Ce n’est pas pour cette raison que nous avons décidé de réduire le budget transport, mais parce que nous sommes contraints financièrement. De plus, nous ne pouvons pas laisser une offre pléthorique qui n’est pas utilisée par les usagers."
 
Les Cars du Rhône réalisent quotidiennement 50.000 voyages et transportent 23.000 scolaires.
 
Christine Cabiron