Décidément, cela bouge beaucoup au sommet des organigrammes des entreprises de transport. Après SNCF Réseau qui aura bientôt un nouveau patron avec Patrick Jeantet – son nom est officiellement proposé depuis lundi 2 mai au conseil de surveillance de SNCF –, c’est le groupe Air France-KLM qui s’en est choisi un. Et par ricochet, Transdev va devoir s’en trouver un nouveau.

Car Jean-Marc Janaillac a été désigné par le conseil d’administation d’Air France-KLM – dont l'Etat détient encore 17,6% du capital – qui s’est réuni dimanche 1er mai 2016 pour devenir le PDG du transporteur aérien. Son nom sera proposé au vote des actionnaires du groupe, le 16 mai, pour une entrée en fonction officielle à la fin du mois de juillet. Il va donc remplacer Alexandre de Juniac, qui avait annoncé sa démission en avril.

Le nom de Jean-Marc Janaillac circulait depuis quelques semaines. A 63 ans, cet énarque de la promotion Voltaire – celle de François Hollande –, diplômé de HEC et proche du ministre de l’Economie Emmanuel Macron, connaît une fin de carrière en apothéose.

Ironie de l’histoire, pour ce fauteuil de pilote en chef du groupe franco-néerlandais, il triomphe de son rival Guillaume Pepy. Le PDG de la SNCF n’a en effet jamais démenti, ces dernières semaines, qu'il était lui aussi très intéressé par le poste de patron d'Air France-KLM.

Une compagnie en "mode survie"

À Air France-KLM, la tâche de Jean-Marc Janaillac s'annonce gigantesque. Concurrencé en Europe par les compagines low-cost et sur les vols longs courriers par les compagnies du golfe Persique, alourdi par des coûts sociaux supérieurs aux autres, le groupe franco-néerlandais ne doit son répit actuel qu'à une baisse du prix du pétrole. “La compagnie est en mode survie, analyse un administrateur, elle doit absolument trouver un accord avec ses pilotes dont le syndicat est à la compagnie ce que Sud Rail est à la SNCF.

A l’évidence, la gestion de la SNCM – dont Transdev avait hérité à la suite de son mariage avec Veolia Transdev –, ainsi que le redressement même de Transdev après sa fusion compliquée ont joué en faveur de Jean-Marc Janaillac. Tout comme des étapes plus lointaines dans son CV, dont un rôle d'administrateur à Air France (1989 à 1994) et un passage à la tête de la compagnie aérienne AOM (1997-2000).

Une personnalité pas inconnue des administrateurs néerlandais

Rétrospectivement, la fonction relativement honorifique que le PDG de Transdev a tenue ces derniers mois, pour faciliter le développement commercial entre la France et les Pays-Bas, prend un sens différent au regard de son arrivée dans le groupe franco-néerlandais Air France-KLM. Aux yeux des administrateurs néerlandais du groupe, il n'apparaît donc pas comme un inconnu.

Evidemment, ce départ annoncé du patron de Transdev n'est pas très bien vécue par ses collaborateurs. Ces dernières semaines, certains redoutaient par anticipation de voir Jean-Marc Janaillac, successeur du froid et brutal Jérôme Gallot, quitter un groupe qu'il a remis sur pied et réconcilé en pacifiant les rapports entre les ex-Veolia Transport et les ex-Trandev.

La Caisse des dépôts et consignations, qui, avec la sortie effective de Veolia du capital, va devenir d'ici la fin de l'année l'actionnaire majoritaire de Transdev, doit donc se mettre en quête d'un nouveau PDG.

A l'évidence, ce dernier sera le patron du nouveau Transdev. Un groupe imaginé lors du précédent quinquennat et dont Jean-Marc Janaillac a été l'accoucheur final. 

Marc Fressoz