C'est Matignon qui a dû clore définitivement un épisode – assez pathétique – qui durait depuis plusieurs mois en officialisant, jeudi 12 mai 2016, son refus auprès de l'AFP, confirmant ainsi un article du Canard Enchaîné paru la veille.

L'ancien président de la région Île-de-France Jean-Paul Huchon, qui menait une opiniâtre et pas très habile campagne pour lui-même, ne sera donc pas nommé à la tête de l'Autorité de régulation des  activités ferroviaires et routières (Arafer) pour des questions juridiques.

La décision a été prise par le Premier ministre "depuis plusieurs semaines", précise l'entourage de Manuel Valls, suivant l'avis du secrétaire général du gouvernement. "Dans son rôle de conseiller juridique du gouvernement, celui-ci a considéré que ce n'était pas envisageable sans courir de sérieux risques d'annulation".

Le Monde avait avancé début mai que Manuel Valls avait promis la présidence du gendarme du rail à Jean-Paul Huchon pour remplacer l'actuel président, Pierre Cardo, dont le mandat arrive à terme en juillet.
 
"Un conflit d'intérêt sous-jacent"

Mais comme on le pressentait très fortement, Jean-Paul Huchon était "jusqu'à très récemment membre du conseil de surveillance de la SNCF, ce qui l'aurait conduit aux termes de la loi s'il devenait président de l'Arafer, à devoir se déporter de toute décision concernant la SNCF", qui représente "le plus grand nombre des délibérations de l'Arafer". Une évidence que l'intéressé a fait semblant de ne pas voir.

Autre obstacle "un conflit d'intérêt sous-jacent", lié au différend – aujourd'hui en appel – que l'Arafer a du arbitrer entre la SNCF et le Syndicat  des transports en commun d'ÎIe-de-France (Stif) sur la question de la redevance des gares.
 
"Ces éléments sont de nature à rendre en droit hautement fragile une nomination de Jean-Paul Huchon à la présidence de l'Arafer", précise Matignon.

Quel bilan tirer de cet épisode ?

Evidemment, Jean-Paul Huchon, qui a près de 70 ans rêvait de rester encore actif et de toucher un salaire jusqu'à 76 ans, subit un camouflet. 

Mais l'épisode a également déstabilisé l'Arafer. Car la polémique Huchon, qui a gagné ces derniers jours la presse généraliste, a pu faire passer la présidence de régulateur des transports pour un de ces fromages de la République, peu chronophage et très bien payé. Certains articles lui ont même attribué d'office une voiture avec chauffeur.

Si le traitement – 148 000 euros brut – n'est pas mince, la fonction n'a rien d'une sinécure étant donné la croissance du nombre d'avis et de décisions à rendre. Mais pour autant le patron du régulateur des transports n'a "pas de voiture avec chauffeur", rectifie-t-on à l'Arafer.

Avec l'élargissement de son champ aux lignes d'autocar et aux marchés passés par les compagnies d'autoroutes, le tout avec des effectifs limités, le régulateur et son président ne chôment pas.

Seule certitude, l'hypothèse Huchon définitivement dégonflée, la voie reste donc ouverte pour des parlementaires PS intéressés par le poste. Ou pour des hauts fonctionnaires à "recaser" avant les élections de 2017.

Marc  Fressoz