Alors que les files d'attente s'allongent devant certaines stations-service, notamment en Île-de-France, les opérateurs de transport public ne sont pas encore trop inquiets pour l'approvisionnement de leurs dépôts. "Nous n'avons pas de soucis particuliers dans nos réseaux qu'ils soient urbains ou régionaux, mais nous restons vigilants", explique Jean-François Chiron directeur adjoint pour le nord de la France de Transdev.

Les dépôts sont approvisionnés régulièrement ce qui donne à ces réseaux une visibilité à une semaine. "Nous avons eu une difficulté passagère au Havre due non pas à un problème de stocks mais au fait que les conducteurs des camions-citernes, très sollicités ces dernières jours, avaient atteint leur temps de conduite maximum autorisé. Mais le problème a été vite résolu."

A la Fédération nationale des transports voyageurs (FNTV) qui regroupe les autocaristes, on explique que la situation est tendue dans certaines régions comme la Normandie ou bien encore à Bordeaux mais les livraisons se font à peu près régulièrement ou avec des adaptations. "Dans certains cas, c'est le contenu d'un demi camion qui est livré au lieu d'un camion entier", explique Maryline Jouaillec, déléguée générale adjointe de la FNTV. "Nous avons été reçus hier (NDLR mercredi 25 mai) au ministère des Transports. On nous a expliqué que nous n'étions pas dans une situation de pénurie mais dans une crise de panique des consommateurs. C'est sans doute en partie vrai, mais nous avons fait part de notre inquiétude quant à la continuation du service public si les choses devaient durer."

Cellule de crise

Chez Keolis, une cellule de crise a été mise en place au siège du groupe pour faire face à la situation. "Pour l'instant, nous nous en sortons sans trop de problèmes même si dans certaines régions comme la Normandie, le nord de la Bretagne et une partie de la Picardie la situation est plus difficile", explique Frédéric Baverez, directeur France de Keolis. Dans ces régions le groupe, qui commande chaque année 180 millions de litres de gazole, a fait remplir ses cuves par anticipation quand les premières menaces de pénurie sont apparues. "Nous avons une bonne visibilité jusqu'au 30 mai et chaque jour nous faisons le point avec la cellule de crise"explique le dirigeant.

Si une des conséquences de ce mouvement est une augmentation de quelques centimes du litre de gazole, la vraie inquiétude concerne les conducteurs du réseau, notamment ceux qui prennent leur service tôt le matin, qui faute d'essence ne pourraient pas se rendre sur leur lieu de travail.

De leur côté, les opérateurs des lignes régulières internationales ou nationales ne sont guère plus touchés pour l'instant. "Nous avons eu quelques inquiétudes en début de semaine, mais tous nos exploitants parviennent à s'alimenter sur la route. Les stations sont régulièrement approvisionnés", indique Isabelle Pons, porte-parole de l'opérateur Isilines.

Les stocks stratégiques débloqués

Une tranquillité qui contraste avec les informations provenant des pétroliers. Total cité par l'AFP affirmait mercredi que dans son réseau de 2 200 stations, un peu plus d'un tiers des stations sont en rupture totale ou partielle, même si le secrétaire d'État aux Transports Alain Vidalies assure que la situation s'est amélioré grâce aux "acheminements massifs" de carburant provenant des stocks stratégiques disséminés sur l'ensemble du territoire. L'État a déjà utilisé trois jours de ces stocks sur les 115 disponibles et a fait débloquer 11 dépôts pétroliers.

Robert Viennet