Longtemps Medellin a rimé avec trafic de drogue et violence. Mais depuis le début des années 2000, les responsables politiques de cette ville de plus de trois millions d'habitants ont eu à cœur de la développer grâce à la mobilité et la rénovation urbaine. 

Tout a commencé avec le "Metrocable" lancé en 2004, un service de transport public par télécabines qui relie le métro de la ville (ouvert en 1995) et les quartiers de Santo Domingo sur les hauteurs, une première mondiale alors que les cabines étaient plutôt réservées aux stations de sport d’hiver ou au tourisme.

Construite par l’entreprise grenobloise Poma, cette première ligne a eu un succès inespéré dès ses débuts, là où il fallait une heure et demi pour descendre en ville, il ne faut plus que dix minutes. Elle transporte douze millions de personnes par an. 

Des métrocables grenoblois

Pourtant au départ, c’était un projet fou pour beaucoup. "Nous avons fait plusieurs études : le métro était impossible à installer sur cette montagne et les bus pollueraient trop et nécessitaient beaucoup d’espace. J’ai alors pensé aux télécabines et on m’a pris pour un fou", s’exclame Luiz Perez, ingénieur de la planification du métro de Medellin à l’époque, aujourd’hui directeur adjoint des projets de la Métropole de Medellin.

Luiz Perez fut le premier à soumettre cette idée de Metrocable : "J’ai rencontré plusieurs entreprises européennes dont Poma, au départ tout le monde était perplexe, ça n’avait jamais été fait auparavant : des télécabines qui transportent des passagers tous les jours de l’année, est-ce que la technologie était adaptée ?", explique-t-il. 


Trois ans d’études et de recherches sont nécessaires pour développer ces nouveaux systèmes de transport. En 2002 les travaux commencent. Parallèlement, la ville envoie des travailleurs sociaux pour approcher les habitants et leur faire admettre l'idée d'implanter chez eux des lieux culturels. Aujourd'hui, la bibliothèque España, deux grands blocs noirs, domine la ville et devient le symbole de ce nouveau Medellin. Elle accueille des milliers de visiteurs par an et attire les touristes du monde entier. 

"Avant personne ne pouvait entrer dans ces quartiers, maintenant ils sont complètement intégrés dans la ville et nous avons réduit la violence de 80%" ajoute Luiz Perez. En 2008 et 2010, deux autres Metrocables ont été inaugurés, et l’entreprise française Poma est en train d’installer deux nouvelles lignes.
 
Escaliers mécaniques
 
Pour compléter ce réseau de Métrocable et desservir les quartiers les plus pauvres et les plus enclavés de la ville comme la Comuna 13, zone de non-droit dirigée par les cartels dans les années 90 et 2000, la municipalité a lancé ce qu’elle appelle son Projet urbain intégral, une intervention physique, sociale et économique simultanée. "Nous voulions rompre ce ghetto social. Nous avons donc commencé par l’ouverture d’un collège-lycée en 2008, nous avons pris avec la population et intensifié la présence policière, ensuite il fallait améliorer la vie quotidienne des gens qui devaient monter des centaines d’escaliers avant d’arriver chez eux" explique César Hernández Correa, le directeur de l’Entreprise de développement urbain affiliée à la municipalité. 

"Il fallait trouver une solution durable et facile à installer, compte tenu de la topographie montagneuse, nous avons opté pour les escalators pour un coût de trois millions d’euros", poursuit-il. Les travaux commencent en 2009 sous la protection des militaires mais sont à plusieurs reprises interrompus par des affrontements entre les bandes criminelles.
"Pour la plupart, les habitants ne savaient même pas ce qu’étaient des escalators, ils ne descendaient pas d’ici. Maintenant 1500 personnes les empruntent chaque jour depuis leur mise en service en 2012, c’est une fierté pour les habitants et le monde entier vient les voir", sourit le directeur.
 
Des tramways alsaciens
 
Dernière innovation du métro de Medellin : la ligne d’Ayacucho, première ligne de tramways sur pneus d’Amérique Latine. Les 4,3 kilomètres relient les deux métros du centre-ville et les deux prochaines lignes du Metrocable à l’est. Une ligne alsacienne puisqu’en 2012 la ville a commandé 12 tramways Translohr STE 5 à l’entreprise NTL basée à Duppigheim et qui compte 250 employés. Une commande de plus de 42 millions d’euros. Inaugurée en octobre 2015, la ligne d'Ayacucho a officiellement été mise en service le 31 mars et attend 85 000 passagers par jour.

Seule entreprise à produire des tramways sur pneus, NTL relève les défis topographiques de la ville : "C’est une prouesse technique, nos tramways s’insèrent dans des rues étroites avec des virages serrés, ils franchissent des pentes avec une inclinaison de 12%", souligne Guillaume Legoupil, directeur du développement commercial et des ventes de NTL. Avec ce contrat, NTL fait son entrée sur le marché latino-américain. "On espère avoir le même destin que Poma, on compte beaucoup sur Medellin pour être notre vitrine en Amérique Latine, et vu la topographie montagneuse des villes sur le continent, on est bien positionné avec nos véhicules, on a vocation à grossir", explique Olivier Brihaye, directeur des ventes Amérique latine chez NTL. 

Cette ligne s’inscrit aussi dans une dynamique sociale et environnementale : "Avec ce Corridor Vert comme nous l’appelons (tramways et téléphériques), nous relions 300 000 personnes au centre-ville, nous favorisons ainsi l’accès à l’emploi, à l’éducation, à la culture à des populations longtemps livrées à elles-mêmes. Nous avons là aussi rénové tout un quartier, 684 façades de maisons ont été repeintes, nous voulons amener une nouvelle dynamique économique, faire venir les gens d’autres quartiers de Medellin, les touristes", explique le maire Federico Gutiérrez. Il prévoit aussi la construction d’une nouvelle ligne de tramway sur la route 80 à l’ouest de la ville, sans préciser si ce sera avec NTL.

Mais il reste à Medellin encore beaucoup de défis à relever, notamment celui de réduire ses émissions de C02 qui deviennent préocuppants. 

Sarah Nabli (à Medellin )
 
Extraits du reportage paru dans le numéro de juin de Transport Public.

(1) Du 14 au 16 juin à Paris Porte de Versailles