À une soixantaine de kilomètres à l’est de Prague est situé l’un des circuits d’essai ferroviaire les plus modernes au monde. C’est là, à Velim, que le constructeur Bombardier teste actuellement le Regio 2N V200. Un modèle commandé en 13 exemplaires par la région Pays de la Loire et qui a pour objectif de rouler à la vitesse commerciale de 200 km/h.

"Le Regio V200 a été testé dans plusieurs centres d’essai. L’avantage du centre de Velim est que l’on peut y tester toutes les tensions possibles", affirme Thomas Coppenolle, chef de projet option Regio 2N chez Bombardier Transport.

Sur le circuit de Velim, qui forme une grande boucle de 13 kilomètres, au milieu de laquelle se trouve le petit village de Sokolec, le train d’essai 131 démarre, avec à son bord des élus de régions. Quelques minutes suffisent au Regio V200 pour atteindre la vitesse-cible des 200 km/h. Dans la salle basse de la voiture, tout paraît sous contrôle et d’une grande stabilité. "On a ajouté des inter-caisses et des antilacets afin d’augmenter la stabilité longitudinale et latérale des voitures", indique le chef de projet.

Composé de huit voitures (soit une longueur de 110 mètres), le Regio V200 a une capacité de 425 places assises (501 avec strapontins). "Nous ne sommes pas censés avoir de passagers debout en raison de la vitesse de 200 km/h", précise Benoît Gachet, directeur marketing produit chez Bombardier Transport.
 
Tester tous les paramètres du freinage

Après avoir testé la vitesse, l’équipe d’essais organise un freinage d’urgence. Celui-ci est réalisé sans problème. Dans une voiture dédiée, deux ingénieurs, les yeux rivés sur leurs écrans, contrôlent l’évolution des données en temps réel. Température,  pression, calcul de la distance de freinage, ils vérifient tous les paramètres propres au système de freinage. Et ce, face à trois situations bien distinctes: freinage d’urgence, à sec ou arrosé. Dans ce dernier cas, de l’eau savonneuse est délibérément injectée sur les rails. L’idée, explique un ingénieur, est de "chercher à faire glisser les essieux afin de vérifier les capacités des anti-enrayeurs".

Au total, 550 coups de frein auront été testés sur ce Regio V200. "Velim, résume Thomas Coppenole, c’est la vitesse, le freinage, et ce hors survitesse. La stabilité est quant à elle testée sur le réseau ferré national."
 
Des campagnes d’essais "très importantes"

Commencée en avril 2015, la campagne d’essais du Regio V200 doit normalement  s’achever au mois de janvier 2017. Elle se compose de types d’essais différents (statiques, dynamiques, dynamiques de dédouanement) qui sont réalisés sur les sites de Crespin (Nord), CEF1 (Petite Forêt), Velim et le réseau ferré national. Pour ces tests, Bombardier mobilise trois trains spécifiques : le train 4, le train 131 et le train 132.

Tous ces essais doivent permettre au constructeur d’obtenir les homologations nécessaires et l’autorisation de mise en service commerciale (AMEC) du Regio V200. Mais tout cela prend du temps… "Nous réalisons des essais pour les autorisations et des essais pour les adaptations avec la SNCF. Nous devons également intégrer les nouvelles normes exigées. Tout cela concourt à des campagnes d’essai très importantes, relève Thomas Coppenolle. Entre la remise des preuves d’essais et l’obtention de l’autorisation de mise en service commerciale, il faut compter environ sept mois."

"Nous sommes dans des logiques d’homologation mais aussi de conformité, appuie Ludovic de Pierrefeu, directeur projet de la plate-forme OMNEO (sur laquelle sont notamment construits les Regio 2N). Les procédures d’essai sont extrêmement codifiées. Pour les réaliser, il faut faire appel à un grand nombre de compétences très différentes."
 
Une livraison prévue en septembre 2017

L’autorisation de mise en service commerciale du Regio V200 est "prévue en août 2017, mais cela reste à confirmer", indique, avec précaution, Ludovic de Pierrefeu. Si toutefois le planning prévisionnel est respecté, Bombardier pourra livrer la région Pays de la Loire à partir de septembre 2017. D'après le calendrier prévisionnel, le dernier exemplaire doit être livré en février 2019.

La Région a commandé 13 rames du Regio V200, qu’elle compte faire circuler sur la liaison Orléans-Tours-Nantes-Le Croisic. Selon Bombardier, cette commande représente une charge d’environ 160 hommes par an sur son site industriel de Crespin, dans le Nord.

Et si l’on prend en compte les emplois induits chez les fournisseurs en France, cela correspond à environ 600 emplois pendant un an.    

Hadrien Baer