"L'augmentation de la fréquentation n'est pas uniquement liée au fait qu'il y a plus de personnes dans le tramway, mais parce que ce mode a été le début de toute une série de nouveautés en matière de mobilité", analyse aujourd'hui Denis Rambaud, vice-président de Mulhouse Alsace agglomération (M2A).
 
Cette collectivité a inauguré en mai 2006 deux lignes de tramway s'étendant sur 12 km. Un projet structurant représentant un coût d'investissement de 250 M€ visant à enrayer le déclin des transports publics. "Nous avions un réseau de bus vieillissant qui perdait chaque année de l'attractivité et des parts de marchés. Le tramway nous a permis d'arrêter ce déclin".
 
En effet, en dix ans, le nombre de voyages réalisés en transport public a augmenté de 25%. Le réseau Solea - filiale de Transdev - réalise aujourd'hui en moyenne 120 000 voyages par jour, dont 60% dans le tramway. Une augmentation observée à la fois dans ce mode mais aussi dans les bus. "Nous avons réorganisé le réseau de bus lors de la mise en service du tramway sur un principe de rabattement", rappelle l'élu.
 
Un BHNS et un tram/train
 
En 2009, le tramway a été prolongé de 1,5 km vers le nord pour desservir un quartier d'habitat collectif. Initialement, il devait l'être d'une dizaine de kilomètres en direction des villes de Kingsheim et Wittenheim. C'est d'ailleurs en prévision de cette extension que la collectivité avait acheté à Alstom 27 rames Citadis. "Nous avons abandonné ce projet en cours de route car nous n'avions plus les moyens de le financer".
 
De fait, Mulhouse s'est retrouvé avec cinq rames inutilisées "sur les bras". "Elles sont désormais à Melbourne. Nous avons fait une opération blanche puisque nous les avons revendues le prix que nous les avions achetées", se félicite Denis Rambaud.  
 
Il n'empêche qu'il fallait desservir ce quartier du nord de l'agglomération.  Il a donc été décidé de construire sur cet axe un bus à haut niveau de service (BHNS). Cette ligne, exploitée avec cinq véhicules dédiés, n'évolue pas en site entièrement protégé sur la totalité de son parcours, mais bénéficie de couloirs de bus dans les secteurs les plus embouteillés. Tout comme les bus sont prioritaires aux carrefours et aux feux. "C'est quasiment un tram sur pneu. D'ailleurs, cette ligne a pour nom commercial le tram/bus".
 
Dans la foulée du tramway et du BHNS, l'agglomération et la région Alsace ont mis en service en 2010 un tram/train à destination de Thann. Une ligne de près de 22 km (dont 6 en partie purement urbaine) empruntée quotidiennement par 5630 voyageurs.
 
Ce mode a la particularité d'être co-exploité par Soléa et la SNCF. En effet, de la gare de Mulhouse jusqu'au rond point Stricker, le tram/train emprunte les deux lignes du tramway avant d'utiliser la nouvelle voie de 4 km (construite de toute pièce pour ce projet) qui mène jusqu'à Lutterbach. C'est à partir de cette gare qu'il pénètre sur le réseau ferroviaire régional.
 
Les douze rames Avanto, fabriquées par Siemens, sont conduites à la fois par des traminots et des cheminots. "Nous sommes très fiers d'avoir réussi cette organisation entre ces deux compagnies qui ont des cultures très différentes", indique Denis Rambaud.
 
"Néanmoins, il a fallu beaucoup de détermination pour y arriver. Je mentirais si je disais que cela se passe sans tensions". Et l'élu de constater : "c'est toujours dans le détail que c'est compliqué". Notamment en période de crise ou lors de dysfonctionnements. "Les situations dégradées ne sont pas toujours gérées de la même manière entre les deux opérateurs. C'est également le cas pour l'information voyageurs, la billettique et le contrôle".
 
Vers une carte unique multimodale
 
Le tramway a également impulsé le développement de nouveaux services (comme du TAD) et des mobilités alternatives : l'autopartage avec Citiz et les vélos en libre-service avec JC Decaux. "Nous sommes une des rares agglomération où le nombre d'abonnés au VLS augmente chaque année".
 
Actuellement, le système VéloCité compte 240 vélos et 40 stations réparties dans Mulhouse. En 2015, 187 600 locations ont été enregistrées, soit une hausse de +67% par rapport à 2010.
 
Pour encourager ces pratiques et développer l'intermodalité, Mulhouse Alsace agglomération présentera en septembre 2016 une carte unique de déplacements. Celle-ci permettra d'utiliser le réseau urbain, le tram/train, des voitures en autopartage, des vélos en libre-service. Elle permettra également de louer un vélo en location longue durée et payer son stationnement dans les parkings en ouvrage. Ces services seront facturés en post-paiement.
 
"Ce sera un outil numérique puissant qui donnera à chacun la possibilité de ne pas rester cantonné dans un seul mode de déplacement mais de jongler avec l'ensemble des solutions de mobilité présentes dans l'agglomération". Cette carte sera lancée en janvier 2017.
 
Pour mener à bien ce projet, Transdev a créé une filiale. Celle-ci baptisée "Mulhouse mobilité" regroupe Soléa, l'office de tourisme, le Parc exposition, les sociétés gestionnaires de parking en ouvrage, la coopérative d'autopartage Citiz, la ville de Mulhouse, JC Decaux et les associations de location de vélos. "Si nous n'avions pas construit le tramway, nous n'aurions peut-être pas franchi ce pas", note Denis Rambaud.

Christine Cabiron

 
La lutte contre la fraude porte ses fruits

En mars 2015, Mulhouse Alsace agglomération et son délégataire ont engagé un plan pour décourager les resquilleurs. L'objectif : diviser par deux la fraude en deux ans. Un phénomène qui représente chaque année un manque à gagner évalué à 1,7 millions d'euros. "La lutte contre la fraude est un combat civique. Il n'y a pas de raison que des personnes se permettent de voyager sans payer", rappelle Denis Rambaud. Ainsi Soléa a déployé un plan articulé autour de l'information, la prévention, la dissuasion et la répression.

"Nous avons recruté des médiateurs en contrat d'avenir. Ils sont présents sur le réseau toute la journée pour inciter à la validation". Par ailleurs, les effectifs de contrôleurs ont été renforcés, tandis que des opérations "coup de poing" organisées en présence des forces de l'ordre ont lieu chaque semaine dans le tramway. Enfin, les conducteurs de bus ont été formés afin qu'ils restent les "maîtres à bord" en incitant à la présentation du titre de transport. "En septembre 2015, les recettes commerciales avaient augmenté de 8%".

Celles-ci se sont élevées à 9,6 M€ l'année dernière. Un montant qui couvre les dépenses à hauteur de 23%. Dans cette agglomération, le budget attribué aux transports publics est de 80M€, dont 60 M€ en fonctionnement.