Près d'un an après l'annonce du plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports publics auquel a participé la Fnaut, cette dernière a réalisé une enquête en ligne auprès des usagères. Résultat, 6200 réponses en quelques semaines. L'objectif ? "Avoir une opinion plus précise des préconisations à avancer" pour lutter contre ces phénomènes, explique Christiane Dupart, membre du bureau national de la Fnaut qui a piloté cette action.
 
Un phénomène de grande ampleur

Premier constat, " montre que les usagères sont sensibilisées à ce problème et que le phénomène est toujours prégnant", souligne Christiane Dupart. En effet, 87% des répondantes affirment avoir été victimes de harcèlement dans les transports. Ainsi, 48% disent adapter leur tenue vestimentaire, 54% évitent de se déplacer en transports publics à certaines heures et 34% recourent à l'utilisation d'autres moyens de transport.

"Les femmes ont un droit à la mobilité qui n'existe pas réellement en raison du harcèlement sexiste, des horaires de passage des transports en commun et des aménagements urbains qui ne sont pas adaptés, en particulier aux mères de famille et aux femmes âgées", constate Christiane Dupart.

Un plan mal connu
 
Deuxième constat, la plupart des mesures contenues dans le plan national ne sont pas connues des usagères malgré le lancement en novembre 2015 d'une première campagne nationale de sensibilisation contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun
. Par exemple, le service d'alerte mis en place par la SNCF – le 3117 par téléphone et 31177 par SMS, les bornes d'alerte de la RATP, les marches exploratoires, les arrêts à la demande... Donc, celles-ci ne peuvent faire la démarche de demander une mise en œuvre de ces mesures. Par exemple, seule l'agglomération de Nantes a mis en place des arrêts à la demande la nuit pour l'instant, et ce à l'initiative de l'autorité organisatrice...

Un suivi indispensable
 
"Il faut veiller à ce qu'un suivi des mesures soit réalisé par les associations d'usagers", souligne Christiane Dupart. Il existe, au niveau local, des comités de ligne mis en place par les autorités organisatrices et les transporteurs mais aussi des commissions de consultation sur les services publics locaux, en particulier, certaines sont consacrées à la sécurité. "Il faudrait que le harcèlement sexiste et les violences sexuelles faites aux femmes y soient prises en compte de façon plus concrète", propose Christiane Dupart.

Faciliter les dépôts de plainte
 
Seulement 2% des victimes qui ont répondu à l'enquête, disent avoir porté plainte. La Fnaut préconise que l'on facilite cette démarche. Par exemple, par la présence d'agents assermentés dans les transports en commun et la possibilité de déposer une pré-plainte par Internet... La Fnaut est également favorable à la création d'un espace de témoignages sur le web. "Il est important de laisser une trace si on veut que toute la société prenne conscience du phénomène", explique Christiane Dupart.

De plus, l'association d'usagers constate que la formation du personnel des transports en commun prévue dans le plan national tarde à être mise en oeuvre. "Nous serons attentifs à la formation des agents, c'est fondamental", souligne Christiane Dupart
 
Pour la Fnaut, ce phénomène doit permettre de mieux prendre en compte les déplacements spécifiques des femmes, en particulier mieux adapter les plans de transports en commun aux horaires décalés de travail dans les services. Il faudrait sans doute créer des comités d'usagères, suggère Christiane Dupart. Aujourd'hui, les associations d'usagers sont certes consultées sur les aménagements urbains, mais une fois les décisions prises...
 
Florence Guernalec