A force de réclamer une entrevue avec Manuel Valls pour parler du trou de 300 millions d'euros annuel dans le budget du Stif en raison du passe Navigo à 70 euros/mois, Valérie Pécresse a fini par obtenir gain de cause. Le 27 juin 2016, dans un communiqué commun, le Premier ministre et la présidente de la région Île-de-France expliquent qu'ils ont signé un protocole d'accord "sur le financement pérenne du système de transports publics franciliens".

Le communiqué explique sans précisions chiffrées, que des moyens supplémentaires "seront répartis entre les usagers des transports en commun, via le levier tarifaire, les usagers des routes franciliennes via une modulation régionale de la TICPE et enfin les employeurs de plus de 11 salariés via une hausse du versement transport (VT)."

200 + 100 + 100

Ce 29 juin 2016, Valérie Pécresse a apporté plusieurs précisions sur ce que pourraient rapporter annuellement ces trois sources. Selon elle, l'augmentation du VT (qui se ferait par une harmonisation progressive des taux applicables dans les départements de petite couronne) rapportera 200 millions d'euros, la TICPE 100 millions et l'augmentation du passe Navigo 100 millions d'euros. Au total, 400 millions d'euros soit 100 de plus qu'espéré.

Pourquoi dans ce cas avoir augmenté le passe Navigo ? Selon la présidente de la Région, cette augmentation de trois euros servira à financer le plan de modernisation du matériel roulant ferroviaire voté le 30 mars 2016 par le conseil d'administration du Stif, qui prévoit qu'entre 2016 et 2021 700 trains neufs ou rénovés remplaceront les rames actuelles "dont certaines ont plus de trente ans". Elle servira aussi, a indiqué Valérie Pécresse, à financer l'achat de 1000 bus neufs "pour réaliser enfin le grand Paris des bus", mais aussi "l'équipement en vidéosurveillance des 70 principales gares routières" ou bien encore "le recrutement de 140 agents de sécurité et 100 agents de médiation supplémentaires "

Valérie Pécresse a ainsi énuméré l'ensemble des investissements qui étaient dans son programme avant les élections et qui se chiffre à 14,5 milliards d'euros dont 9,5 pour le seul renouvellement du matériel roulant ferroviaire. En face, pendant la même période, l'augmentation du passe Navigo rapportera au mieux 600 millions d'euros.

Même si – comme l'a précisé Stéphane Beaudet, vice-président du conseil régional d’Ile-de-France en charge des transports – la Région aura recours à des emprunts à long terme pour acheter ses trains l'effet de levier attendu par ces 600 millions paraît assez disproportionné.

A moins que cette augmentation soit suivie d'autres dans les années qui viennent, ce qui n'aurait rien d'anormal si les améliorations de la qualité des transports franciliens suivent comme l'espère Valérie Pécresse. Selon elle, la SNCF et la RATP, consultés sur ce programme l'ont "largement confirmé".

Reste maintenant à faire avaler la pilule aux Franciliens, notamment les Parisiens qui en moins d'un an auront vu le prix de leur Navigo passer de 67 à 73 euros. La pilule sera également amère pour les entreprises qui avaient déjà subi une hausse du versement transport en 2015 (qui a rapportée à 170 millions au lieu des 210 attendus) et qui devront mettre au pot 200 millions supplémentaires.

Robert Viennet