Un industriel mais qui connaît le fonctionnement de l'État et des collectivités, doté d'une solide expérience à l'international et qui abordera le secteur des transports avec un œil neuf : tel est le profil du nouveau patron de Transdev.

Les deux co-actionnaires de Transdev, la Caisse des dépôts et Veolia, se sont mis d'accord entre eux ce week-end ainsi qu'avec l'État, pour nommer Thierry Mallet, un dirigeant du groupe Suez, comme prochain PDG de Transdev, comme l'a révélé le 3 juillet la Lettre de l'Expansion. Ce choix non démenti devrait être officialisé lundi 4 juilllet 2016.

Thierry Mallet, X-Ponts et titulaire d’un master en sciences du MIT (Massachusetts Institute of Technology) va donc succéder à l'énarque Jean-Marc Janaillac qui prend ses fonctions de patron d'Air France KLM ce lundi. Mais l'entrée en fonction de Thierry Mallet ne sera pas effective avant quelques semaines et c'est en principe le directeur financier de Transdev, Marcos Garcia qui devrait assurer l'interim.

Agé de 56 ans, actuel directeur de l’innovation, de la performance industrielle et du marketing de Suez Environnement depuis 2013, Thierry Mallet a eu trois vies professionnelles différentes et va donc entamer la quatrième dans un secteur nouveau pour lui.

Ce polytechnicien a d'abord travaillé au ministère des Transports de 1987 à 1989.

Deuxième étape, il rallie le groupe Générale des Eaux, l'ancêtre de Veolia, où il occupe différents postes. Il est notamment responsable des activités eau en Espagne de 1995 à 1997 et en Amérique du Nord de 1997 à 1999.

Troisième étape, en 2002, il intègre le groupe concurrent Suez via la filiale Degremont comme directeur général délégué et travaille aux côtés de Jean-Louis Chaussade alors PDG de cette filiale. Il  en devient DG en juin 2004 puis président en 2009. Le 1er octobre 2009, Thierry Mallet est nommé directeur général de Suez environnement en charge de l’international.

Nouvelle progression de carrière en avril 2013, Jean-Louis Chaussade, PDG de Suez le nomme  directeur de l’innovation, de la performance industrielle et du marketing. Il mène une transformation du groupe.

Accord entre actionnaires

Les deux actionnaires de Transdev se sont accordés en fin de semaine sur son nom et ont peaufiné leur choix au plus haut niveau durant le week-end entre Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse et Antoine Frérot le PDG de Veolia. "Le choix a été difficile car la short-list était de qualité", indique-t-on chez les décisionnaires qui avaient mandaté le cabinet de chasseur de tête Progress. Plusieurs types de profils co-existaient : internes ou externes à Transdev et, issus de l'appareil d'État ou du monde de l'entreprise.

Ces dernieres semaines, on parlait beaucoup de la candidature de l'ex-coprésident de la SNCF et ex-président de SNCF Réseau Jacques Rapoport. Mais son âge –  la limite à Transdev est fixée à 65 ans, même si elle peut faire l'objet de dérogation – et la perspective de le voir diriger un groupe qui piaffe d'exploiter des TER en France auraient paru incongru à certains. En interne, Laurence  Broseta  notamment figurait sur les listes et en externe, fin de quinquennat oblige, le nom de membres de cabinets ministériels ou élyséens a circulé sans que ces hypothèses soit très sérieuses.
 
Dans l'affaire, Veolia a pesé d'autant plus que le groupe dirigé par Antoine Frérot (X-Ponts, ex-DG de Connex, ancêtre de Veolia Transport), où Thierry Mallet fit une partie de sa carrière, va conserver à court voire à moyen terme une part minoritaire du capital de l'opérateur. "Un peu plus de 25%", explique un proche du dossier. Les plans d'origine ont donc été sensiblement modifiés ces derniers mois. A l'origine, Veolia devait sortir totalement de Transdev à fin 2016 grâce à la reprise de ses 50% des parts par la Caisse et par un actionnaire minoritaire. Mais l'arrivée d'un actionnaire de long terme, susceptible de remplacer Veolia se fera après 2016 à une date indeterminée.

Parmi les dossiers qui attendent Thierry Mallet, citons en plusieurs sur le plan opérationnel : l'adaptation aux États-Unis du métier du transport à la demande bousculé par Uber ; la consolidation d'Isilines dans le secteur des autocars ;  la poursuite de la digitalisation du groupe ; la reconquête de certaines villes en France dans le transport urbain ; la poursuite de nouveaux développements initiés par Jean-Marc Janaillac (transport sanitaire, stationnement) et last but not least, le démarrage de Transdev dans le transport ferroviaire régional, le gouvernement et les régions étant d'accord pour faciliter à moyen terme l'expérimentation d'une gestion alternative à la SNCF.

Thierry Mallet sera-t-il le premier à faire rouler sur les rails régionaux des TER non estampillés SNCF?

Marc Fressoz