L'Élysée et le gouvernement avaient le choix entre un élu ou un haut-fonctionnaire, finalement c'est le premier profil qui a été retenu par François Hollande.
Le président de la République envisage de nommer M. Bernard Roman comme président de l'Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières", a annoncé l'Élysée dans un communiqué diffusé dans la soirée du 11 juillet 2016.

Né à Lille voici bientôt 64 ans, Bernard Roman est député PS de Lille sud depuis 1997. Comme l'ex-ministre des Transports Frédéric Cuvillier, il est membre de la commission des lois, qu'il a présidé à l'époque où Lionel Jospin était à Matignon. Il a également siégé au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais de 2004 à 2015. Jusqu'en 2012, il en a été vice président en charge des finances. Autrement dit, il est sensibilisé à la problèmatique de la hausse de la facture du TER. 

Cet avocat de formation a surtout été un très proche de PIerre Mauroy, en tant que directeur de cabinet et adjoint au maire de Lille dont il était le dauphin avant de s'effacer au profit de Martine Aubry, qui est loin d’être son amie. “C'est un homme honnête, ce qui n'est pas une qualité évidente chez les hommes politiques du nord, estime un grand connaisseur de la vie politique locale, il est rigoureux et bosseur “. De quoi rassurer. Il ne devrait pas aborder la fonction de président du régulateur comme une sinécure.

"Sur le plan des valeurs politiques, il incarne une gauche traditionnelle du nord, il s'est notamment battu contre la déchéance de nationalité, décrypte un autre connaisseur, mais sur le plan économique, il n'est pas orthodoxe comme certains élus de cette Région et incarne une tendance réformiste“.

Autrement dit, présider un organisme qui régule des secteurs ouverts à la concurrence ne constituera pas pour lui une activité contre nature. Partisan de la construction européenne, Bernard Roman a fréquenté les courants strauss-kahniens et rocardiens du PS, à l'instar du Premier ministre Manuel Valls. Il a notamment participé au think tank “A gauche en Europe" fondé par Dominique Strauss-Kahn et Michel Rocard au milieu des années 2000.

Sa nomination qui l'installera pour six ans à la tête du régulateur doit être encore être validée par chacune des commissions du développement durable des deux assemblées.

Son arrivée peut au premier abord surprendre car dans la catégorie des profils d'élus, le nom du député PS, Philippe Duron – spécialiste des transports mais peut-être trop – était cité de façon récurrente car la candidature de ce dernier était un secret de polichinelle. Mais à l'approche des présidentielles, les petits jeux politiques locaux contribuent aussi aux décisions nationales.

En effet, l'exfiltration de Bernard Roman va libérer l'importante 1ere circonscription du Nord, celle des maires de Lille ( de Roger Salengro à Pierre Mauroy). Celle-ci pourrait éventuellement échoir à un aubryiste (sans doute François Lamy, dont Martine Aubry voudrait faire son dauphin pour la mairie de Lille ) et contribuer à réconcilier avant la présidentielle le président de la République et la maire de Lille qui a beaucoup inspiré les frondeurs du PS. Mais les jeux ne sont pas encore faits.

Reste que si elle peut surprendre, l'arrivée de Bernard Roman s'incrit dans une trajectoire et contribue à instaurer une tradition dont les fondations remontent à la création de l'Arafer en 2009 et à la nomination de Pierre Cardo.

L'autorité indépendante a en effet été créée et présidée par un politique de droite - qui au départ ne connaissait rien au transport – on a vu le résultat plutôt brillant – et elle sera présidée non pas par un technocrate mais par un politique de gauche qui ne connaît également rien au transport, à ce stade.  Ce qui constitue un gage d'indépendance vis-à-vis des groupes de pression du secteur des transports. Si on extrapole, on peut imaginer que l'Arafer confortera sa place. 

Et si l'Arafer était une machine à réhabiliter les politiques ?

Marc Fressoz