La Corse peut être fière de ce qui constitue sans doute un record à l'échelle d'un territoire : l'île compte en moyenne une borne de recharge rapide pour un peu plus de quatre véhicules électriques. Une performance à relativiser toutefois…

Ce taux d'équipement impressionnant a été atteint le 13 septembre 2016 avec l'inauguration dans une station service Esso de Bastia d’une nouvelle borne de 50 Kw. Après Ajaccio, Aléria, Propriano, c'est la quatrième de la région corse où circulent aujourd'hui un total de… 44 véhicules électriques, toutes marques et tous types confondus. C'est dire que la progression devrait se mesurer en centaine de pourcent.

Rassurer l'automobiliste

"Avec 44 véhicules on ne peut que progresser très rapidement car nous croyons que la poule fera l’œuf. Commencer par constituer un réseau de bornes incitera à se convertir à la voiture électrique", explique Brice Fabry, le directeur véhicules électriques et écosystème de Nissan West Europe, qui est à l'initiative de ce déploiement.

Suivront ensuite Ponte Leccia, Calenzana, Piana, Bonifacio. A terme, c'est-à-dire dans deux ans, quatorze stations au total seront équipées dont une majorité en recharge rapide.

La stratégie est de rassurer l'automobiliste pour qu'il puisse traverser sans angoisse l'île de Beauté du Nord au Sud : il ne se trouvera pas à plus de 70 kilomètres d'une borne quand un véhicule comme une Nissan Leaf affiche une autonomie de batterie de 250 kilomètres, suffisante pour faire Bastia-Ajaccio.

Une association avec un groupe familial

Sur le contient, le constructeur automobile s’est allié à des distributeurs comme Ikea ou Auchan pour mettre en place un réseau national de bornes. Le compteur affiche à présent un total de 250 bornes à recharge rapide.

Mais en Corse où le maillage de ces enseignes n'est pas suffisamment homogène, Nissan fait affaire avec le groupe familial Ferrandi qui amorce ainsi une conversion. "Notre groupe crée en 1938 est spécialisé dans la distribution de tout ce qui est pétrolier, mais il faut évoluer et prendre en compte la préservation de la nature", résument les trois frères Ferrandi qui représentent la troisième génération.

En l'absence ce toute implication publique – "nous n'avons pas non plus sollicité l'État ou la Commission européenne", expliquent-ils – Nissan et le groupe Ferrandi partagent les investissements, sans pourtant en dévoiler les chiffres. On peut toutefois estimer leur montant en centaines de milliers d'euros.

Des débouchés pour Nissan

Nissan paie l’achat des bornes construites par la PME française DBT "d'un coût d'environ  20 000 euros l'unité", selon Brice Fabri, et le groupe Ferrandi réalise leur installation, le coût variant d’une station à l'autre. Ce dernier assure également la gestion et la maintenance des équipements.

Pour Nissan, le but est simple : convertir la population mais aussi les loueurs de voitures à l'électrique, et si possible à son modèle phare, la Nissan Leaf vendue depuis 2010 à plus de 220 000 exemplaires, ou à son fourgon e-NV200.

Des partenariats industriels choisis

D'ailleurs, ceux qui roulent avec la marque bénéficieront de la gratuité de recharge. Pour les autres, un "plein" d'électricité en trente minutes vaudra environ 5 euros (2,5 euros de coût fixe + 0,7 centime/minute de charge) via la carte Kiwi Pass, solution standard commercialisée par Easytrip, filiale d'Egis. "Nous en avons déjà  diffusé 25 000 utilisables en France sur 500 bornes de recharge rapide et 1000 bornes de recharge standard", indique Pierre Muller, directeur général d'Easytrip France.

Autre intérêt pour le constructeur allié de Renault : imposer la norme de recharge CHAdeMO adoptée par les fabricants d'automobiles japonais ainsi que par le constructeur de bornes DBT. Elle est concurrente du standard Combo développé par les allemands.

Combien de temps la Corse mettra-t-elle à se convertir à l'électrique ? "Notre site offre un moyen standard de paiement à une clientèle européenne d'Amsterdam au sud de l'Europe qui peut ainsi se décider à venir en Corse en voiture électrique", pronostique Claude Muller.

Un déploiement prudent

Reste qu'aucune hausse rapide du nombre de véhicules électriques n'est anticipée sur l'île puisqu'aucun doublement des bornes par station n'est pour l'instant programmé. En réalité, l'absence de modèle économique pour les bornes incite à la prudence. "Cette nouvelle activité ne nous fera gagner pas gagner un centime", précise le groupe Ferrandi.

Seule certitude, l'électrique se marie à la convivialité insulaire. Pendant le temps de la recharge, on peut aller se rafraîchir, discuter au café de la station service ou regarder la mer. C'est autre chose que d'aller chez Auchan.

Marc Fressoz