C'est sur une petite piste de 130 mètres de long toute droite installée sur les berges de la Seine rive droite, définitivement fermées aux automobiles, que les parisiens ont pu découvrir la première navette autonome acquise par la RATP auprès de la société EasyMile. Une prise de sans risque avec cette nouvelle technologie qui pourrait, selon la PDG de la RATP Elisabeth Borne, "répondre aux besoins des zones peu denses comme les rabattements vers les gares RER ou dans les zones denses aux heures creuses ou la nuit en complément du transport public traditionnel.".

La RATP qui pilote le volet transport public du plan gouvernemental Nouvelle France Industrielle – véhicules autonomes va lancer une première expérimentation d'ici fin 2016 sur le pont Charles-de-Gaulle qui relie la Gare de Lyon à la Gare d'Austerlitz. La navette se contentera de faire des allers-retours sur le pont dans le couloir de bus actuel sans se mêler véritablement à la circulation particulièrement dense dans ce secteur.

Comme la réglementation l'exige pour l'instant, ces véhicules autonomes pilotés à distance embarqueront un opérateur chargé d'assurer la sécurité des voyageurs et qui pourra reprendre la main sur la conduite. Pour l'anecdote, cet opérateur devra être détenteur du permis transport en commun pour que la navette puisse embarquer la douzaine de personnes qu'autorise sa capacité. Avec un simple permis automobile, la capacité aurait été limitée à 9 personnes.  

Cette expérimentation, qui s'apparente plus à une démonstration "pour permettre au public de se familiariser avec des véhicules qui seront présents dans le paysage demain" comme l'a expliqué Elisabeth Borne, sera suivie d'une autre plus importante début 2017 : la desserte interne du CEA Saclay. Cette expérimentation de 18 mois, pilotée par la RATP, associe le CEA List (laboratoire de recherche du CEA), Bureau Veritas, Sherpa Engineering (société d’ingénierie) et BMCP (bureau d’études et de conseil spécialisé). Le projet, labellisé par les Pôles de compétitivité LUTB "Transport et Mobility Systems" et Systematic Paris-Région est financé dans le cadre du 22e FUI (Fonds unique interministériel).

"Notre ambition pendant ces 18 mois est de comprendre ce qu'on peut faire demain avec des véhicules autonomes, comment on peut maîtriser le système et, surtout, l'intégrer dans des systèmes globaux de transport public",  a indiqué Elisabeth Borne.

Pour EasyMile, start-up française basée à Toulouse, cette expérimentation est la première d'ampleur dans l'Hexagone (1), mais 25 de ses véhicules circulent déjà dans le monde au Japon, à Dubaï, Olso, Stockholm et Helsinki. La petite entreprise, qui développe la technologie embarquée, s'est associé avec le groupe Ligier qui construit les véhicules. Une nouvelle génération de navettes devrait voir le jour début 2017. La capacité de production est de 100 navettes par an.

A noter que contrairement à son concurrent Navya, lui aussi français, les navettes sont dotées de palettes rétractables pour embarquer des chaises roulantes.

Robert Viennet
 
(1) En 2016, le constructeur a fait rouler ses véhicules quelques mois sur le site privé du centre de recherche de Michelin en partenariat avec Transdev ainsi qu'à Sophia Antipolis.