Les cheminots de la SNCF sont appelés à voter jeudi 24 mars 2011 alors que d'importantes échéances attendent la compagnie ferroviaire publique dans les prochaines années : la réorganisation de la branche fret et l'ouverture inéluctable du rail à la concurrence.

L'arrivée de nouveaux opérateurs pour les lignes TER à l'horizon 2015 inquiète les syndicats qui redoutent "le dumping social" et demandent "une harmonisation par le haut", c'est-à-dire alignée sur le statut social des agents de la SNCF.
La branche fret, qui affiche de lourds déficits chroniques, subit un traitement de choc dénoncé par les syndicats qui pointent la baisse de la part du fret ferroviaire par rapport à la route et ont lancé une récente campagne d'affichage sulfureuse (lire l'article : "La SNCF perd en référé").


Les forces syndicales en présence

Ces interrogations étaient déjà présentes en 2009 lors du dernier scrutin professionnel, lorsque la CGT avait, malgré une légère baisse, maintenu son assise avec plus de 39% des voix. Depuis, le secrétaire général de la CGT Didier Le Reste a pris sa retraite, remplacé par Gilbert Garrel.

En 2009, l'Unsa et SUD-Rail avaient poursuivi leur progression et obtenu respectivement 18% et 17,6%.
La CFDT, affaiblie suite à l'hémorragie de ses militants après la réforme des retraites de 2003, n'avait recueilli que 11,6%, malgré son alliance avec le syndicat de conducteurs Fgaac.

Les autres syndicats (FO, CFTC, CFE-CGC), passés sous la barre des 10%, ne sont plus représentatifs à la SNCF au niveau national, en vertu de la loi de 2008. FO reste toutefois représentative dans 9 des 27 comités d'établissements SNCF et la CFTC dans cinq.

En outre, depuis 2008, pour être validé, un accord doit obtenir la signature de syndicats représentant 30%.
Conséquence à la SNCF, moins d'accords ont été signés. Les voix CFDT-Fgaac et Unsa ne totalisant que 29,64%, il fallait impérativement que la CGT signe pour qu'un accord soit validé, SUD étant également peu enclin à parapher des textes.


Deux conflits qui ont fait bougé les curseurs

Ces élections surviennent aussi après une année 2010 marquée deux conflits majeurs : 15 jours en avril 2010 puis, dans un cadre interprofessionnel, de nouveau 15 jours en octobre sur la réforme des retraites (lire l'article sur les régimes spéciaux).

Le conflit d'avril, lancé sur des motifs très nombreux et auquel n'avaient pris part ni l'Unsa ni la CFDT, avait débouché sur peu de mesures concrètes si ce n'est une série de rendez-vous sur des sujets sociaux.
Malgré la durée du mouvement, le prséident de la SNCF Guillaume Pepy avait tenu tête aux grévistes en répétant : "pas de prime à la grève, la négociation doit rapporter plus que la grève".

Cette posture contribuera-t-elle à affaiblir les syndicats plus radicaux, CGT et SUD-Rail ? Le scrutin du 24 mars apportera un début de réponse.
Il permettra aussi de voir si SUD-Rail continue à grignoter des voix à la CGT. En 1998, la CGT faisait 48% et Sud-Rail 6%. Enfin, FO espère franchir la barre des 10%. Son alliance avec la CFE-CGC a fait long feu, mais elle a des listes communes avec des adhérents du nouveau syndicat First, composé d'ex-CFTC.

La CFTC, lâchée quant à elle par une partie de ses troupes, ne peut pas espérer dépasser 5% des voix.

Nathalie Arensonas (avec AFP)