Pour Alstom, voilà un succès presque difficile à gérer, sinon embarassant. Alors que la crise politico-médiatique sur l'avenir de ses sites de production français retombe à peine, le constructeur ferroviaire, qui crie famine en France, vient de concrétiser un beau contrat à l'export, à Dubaï en l'occurence.

Le gain de ce marché remonte à fin juin 2016 mais la signature officielle vient d'avoir lieu le 10 octobre 2016 à Dubaï entre le client, RTA, l'autorité organistatrice des transports de cet émirat et Expolink. Mené par Alstom, ce consortium  associe l'entreprise de BTP espagnole Acciona et son homologue turc  Gulermak. Il a triomphé du groupement rival conduit par le Japonais Mitsubishi qui avait eu l'honneur d'équiper de son métro la première ligne de Dubaï.

Le marché porte donc sur la fourniture de 50 rames, la conception et la construction d'une branche de 15 kilomètres de la ligne rouge du métro de Dubaï ainsi que sur l'amélioration du système de la ligne actuelle en vue de l'exposition universelle de 2020. Le tout pour 2,6 millards d'euros. On apprend que la part revenant à Alstom s'élève à la moitié, 1,3 milliard. Soit près du double des contrats que l'État français a garantis à Alstom la semaine passée.

Le communiqué émis par le consortium ne fournit pas d'indications sur les sites d'Alstom qui bénéficient de ce succès à l'export dont la réalisation a en fait déjà débuté.

Cependant, au siège du constructeur à Saint-Ouen, on précise que la construction des 50 rames et la fourniture du système fait l'objet d'une répartition du travail entre plusieurs lieux de production européens. "Cinq sites français sont concernés : Saint-Ouen pour l'ingénierie, Valenciennes pour les intérieurs et pour les cabines de conduite, Tarbes pour les modules de puissance, Villeurbanne pour l'électronique, Le Creusot pour les bogies", détaille une porte-parole

Quid de la construction des voitures et de l'assemblage final des rames avant leur expédition à Dubaï, qui représentent pour les ouvriers la partie noble ? "Ils seront réalisés dans notre usine polonaise de Katowice, précise Alstom. Cette usine fournissant déjà les rames Metropolis destinées au métro de Riyad".

Pourquoi n'avoir pas confié l'opération finale à Valenciennes, spécialisée dans les métros et dont le plan de charge est faible ? "En fait, ce choix résulte d'une discussion avec le client", répond le constructeur ferroviaire.

En clair, l'usine de Katowice – qui assurera également le contrat de
trains régionaux signé avec les NS – présente des coûts de travail moindres que les sites français. Et assure sans doute à l'industriel une marge supérieure à ce qu'elle aurait été autrement, tout en présentant un prix qui a été jugé acceptable par le client.

Car Dubaï étant réputé très argenté, l'émirat n'est pas prêt, comme l'État français, à acheter à Alstom du matériel les yeux fermés et à n'importe quel prix.

Marc  Fressoz