L'industrie ferroviaire est finalement un monde enchanté où tout peut se passer sans drame. Le lundi, Bombardier France tire la sonnette d'alarme pour réclamer des commandes aux pouvoirs publics ; le jeudi, il en obtient 720 millions d'euros. [NDLR : Enfin, pas tout à fait, parce que, selon Bombardier, il faut déduire de cette somme globale d'autres coûts propres au projet comme les frais de développement ou d'ingéniérie. "Le prix d'achat exact de ces 40 rames sera connu quand nous recevrons la commande", nous a précisé le service communication de Bombardier.]

C'est dire que l'entreprise basée à Crespin est plus efficace que son confrère Alstom qui, début octobre, en a certes obtenu plus (environ 750 millions d'euros), mais au prix d'un psychodrame politique qui s'est étalé sur un mois et qui a eu l'inconvénient de mettre l'exécutif en grande difficulté.

Concernant Bombardier, l'assurance de nouvelles commandes porte sur l'équipement en nouvelles rames des lignes TET Paris-Normandie dont la région Normandie va récupérer la gestion à la place de l'État. Cette commande était dans l'air. Elle va se confirmer.

C'est le président de la SNCF Guillaume Pepy, en déplacement à Rouen le 20 octobre 2016,  qui  l'a annoncée. "Le 23 novembre, la région va commander, avec de l'argent qui vient de l'État, soit 720 millions d'euros, 40 nouveaux trains pour changer les Corail qui existent aujourd'hui sur les lignes Paris-Rouen-Le Havre et Paris-Caen-Cherbourg", a déclaré Guillaume Pepy, président de la SNCF, en déplacement à Rouen.

Un contrat-cadre bien commode

"Les Corail ont 40 ans et sont obsolètes. Les nouveaux trains arriveront fin 2019", a-t-il ajouté au cours d'un débat avec des décideurs sur le thème de la mobilité.

En réalité, c'est la SNCF elle-même qui passera commande de ces rames en levant des options du contrat-cadre signé en 2010 avec Bombardier pour la fourniture de rames régionales à deux niveaux (Regio 2N) sur la base d'un matériel transformable en TET.

"Ces trains seront des
Omneo premium à deux étages", a  précisé à l'AFP le vice-président de la région Normandie, chargé des Transports, Jean-Baptiste Gastinne. "Nous attendons toutefois un rapport de la SNCF sur la possibilité pour ces  trains d'accéder aux quais de la gare de Paris Saint-Lazare", a-t-il ajouté.

Reste que si ce TET duplex paraît adapté à la desserte dense de Paris-Rouen-Le Havre, en revanche sa pertinence pour des trajets longs sur Paris-Caen-Cherbourg fait débat chez les spécialistes, en particulier chez les concurrents de Bombardier qui regrettent qu'un appel d'offres n'ait pas été organisé pour mieux gérer l'argent du contribuable et prendre en compte les besoins du voyageurs. 

Mais le contrat-cadre présente l'avantage de faire gagner du temps en évitant une longue procédure.

Marc Fressoz (avec AFP)

 
La ligne nouvelle Paris-Normandie avance doucement

Nouveaux trains, nouvelle infrastructure ?  Prévue à l'horizon 2030, la ligne nouvelle Paris-Normandie (LNPL), alternative à une LGV, doit permettre de désengorger la section Paris-Mantes-la-Jolie et réduire le trajet entre Paris et la Normandie.

Une réunion du comité de pilotage (COPIL) a eu lieu le 20 octobre 2016 à la préfecture de Normandie à Rouen pour sélectionner trois projets de tracés. Une décision finale sur un seul tracé sera prise en 2017.

"Une telle ligne nécessite 5 ans de débats, 5 ans d'études techniques et 5  ans de travaux", a indiqué le président de la SNCF  Guillaume Pepy.