En Corse, le train est sur la bonne pente de la montagne, celle qui s’élève si on en juge par ses chiffres de fréquentation. En 2016, les Chemins de fers de la Corse (CFC) qui exploitent 232 kilomètres de voies, prévoient de transporter 1,2 million de voyageurs. Déjà en 2015, ils ont dépassé "pour la deuxième année consécutive, le million de voyageurs sur leur réseau",  soit "une hausse de près de 53 % par rapport à 2012", explique la compagnie.

Inverse de la tendance observée sur le continent pour le TER, elle a généré une "augmentation des recettes de 28% par rapport à 2012" ainsi qu'une "maîtrise du montant de la contribution de la collectivité territoriale corse" (la CTC). Celle-ci s’est stabilisée à 20 millions d’euros par an, indique-t-on auprès de l'opérateur.
 
"Les résultats de fréquentation des mois d’août et de septembre 2016 affichent une augmentation respective de 10% et de 5% par rapport à 2015, ce qui illustre l’évolution du transport des touristes et des pendulaires, détaille Jean-Baptiste Bartoli, directeur général des CFC dans un communiqué diffusé début novembre 2016. Selon lui, "pour ces deux catégories d’usagers, le train corse est devenu une véritable alternative à la voiture individuelle".
 
Une DSP de dix ans

En fait, la CFC vit depuis ces dernières années une petite révolution. Bien que les problématiques insulaires aient une certaine spécificité, l'exemple pourrait éventuellement nourrir les réflexions des responsables de Régions de France et des régions continentales qui sont en quête d’expérimentations de nouvelle formes de gestion pour certaines petites lignes.

En 2012, la compagnie qui appartenait jusqu'alors à la SNCF, a été transformée en société à capitaux mixtes, sous forme de Société anonyme d'économie mixte locale dont la SNCF ne détient plus que 15% (mais qui assure une assistance technique), la majorité étant propriété de Collectivité Territoriale de Corse (CTC), le reste partagé entre différentes collectivités locales.

Parallèlement, comme dans le modèle déjà éprouvé dans les transports urbains, les CFC se sont vus confier par la Collectivité Territoriale de Corse, agissant comme autorité organisatrice des transports ferroviaires pour l'île, l’exploitation de son réseau ferré via une convention de délégation de service public pour une durée de dix ans. Le contrat s'étend de 2012 à 2021.
 
Une politique volontariste

Depuis cette réforme, les CFC mettent en avant une politique volontariste destinée à créer, à partir de 2012, "un service alternatif à la voiture sur l’intégralité du territoire et à la portée de tous". L'effort a porté sur plusieurs volets : l'accès et la rénovation des gares, le renouvellement du matériel roulant, l'augmentation de l'offre et l'adaptation de la tarification.
 
La priorité a été de faciliter l’accès aux gares principales (Ajaccio, Bastia, Corte, Calvi) avec la création de quatre nouvelles haltes ferroviaires en périphérie des grandes villes. Parallèlement, un plan de rénovation a concerné les gares secondaires et les haltes existantes.
Le renouvellement du parc roulant a été financé par la collectivité illustré avec l'achat de 12 autorails AMG 800 auprès de CAF.
L'offre a été renforcée de 40% avec notamment une forte densification des liaisons grandes lignes pour relier Bastia à Ajaccio.
Enfin, une nouvelle offre tarifaire a été adoptée, en juillet 2015, pour encourager les déplacements des salariés qui bénéficient d’abonnements mensuels incitatifs. 


Des efforts sur l'intermodalité

En outre, les CFC et son autorité organisatrice entendent faire du train l’armature du réseau de transport public de l’île. La Collectivité Territoriale de Corse a confié à l'opérateur une étude sur le schéma directeur des transports de l’île qui sera remise en 2017. L'objectif ? Augmenter la part modale des transports collectifs.

Déjà, un partenariat, signé le 1er janvier 2016, avec l’agglomération d’Ajaccio permet l’utilisation réciproque des titres de transport sur les transports urbains de la ville et le réseau ferré. Par ailleurs, un accord avec le réseau urbain a mené à la création de parkings relais entre Mezzana et Ajaccio. Les CTC mettent en avant le résultat : un triplement du nombre de voyageurs transportés sur les lignes ferrées périurbaines d’Ajaccio.

Un accord tarifaire est également prévu sur le secteur de Bastia à horizon 2017.

Marc Fressoz