Le sauvetage de l'usine de Belfort et les annonces gouvernementales paraissent déjà loin... et décalées. Alstom a annoncé, le 9 novembre 2016, "des résultats excellents" pour le premier semestre 2016-2017 (compris entre le 1er avril et le 30 septembre 2016). En effet, le groupe français enregistre un nouveau record du carnet de commandes à 33,6 milliards d’euros au 30 septembre 2016, 6,2 milliards pour le seul premier semestre.
 
En effet, le groupe français a notamment signé un contrat d'une valeur de 1,8 milliard d'euros avec Amtrak aux États-Unis pour la nouvelle génération de trains à grande vitesse Avelia et les services associés. Expolink, le consortium mené par Alstom a remporté un contrat avec RTA pour l’extension de la ligne rouge du métro de Dubaï, la part du groupe française revenant à 1,3 milliard d'euros.
A ces deux énormes marchés s'ajoutent ceux des trains régionaux Coradia aux Pays-Bas et en Italie, des trains à grande vitesse Avelia  Pendolino et leur maintenance en Italie, des nouvelles voitures de métro au Pérou, ainsi que des contrats de maintenance au Canada et au Royaume-Uni.
 
Une diversification en phase avec les objectifs
 
Au cours de ce premier trimestre 2016-2017, le chiffre d’affaires a  augmenté de 8% (7% à périmètre et taux de change constants), s’élevant à 3,6 milliards d’euros. Les activités de signalisation, systèmes et services représentent 54% du chiffre d’affaires, en ligne avec l’objectif de 60% en 2020.
 
La croissance de 33% du chiffre d’affaires de l’activité signalisation provient de l’intégration de GE Signalling et de livraisons au Canada.
L’activité systèmes a augmenté de 20% grâce à l’avancement du système de métro de Riyad en Arabie Saoudite, des livraisons de systèmes urbains au Brésil et au Qatar, ainsi que des projets d’infrastructures au Royaume-Uni.
L’activité services a légèrement diminué avec un chiffre d’affaires de 0,7 milliards d’euros, impactée par un effet de change défavorable sur les contrats de maintenance au Royaume-Uni.
L’activité trains a atteint 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires avec  notamment les livraisons de trains suburbains, régionaux et à grande vitesse en Europe, l’exécution en cours du projet pour Prasa en Afrique du Sud et des livraisons de tramway en Algérie.
 
Alstom, promis à un riche avenir ?
 
Au final, le résultat d’exploitation ajusté a progressé de 167 millions d’euros à 200 millions d’euros, représentant une croissance de 20%, et une marge de 5,6% contre 5,1% un an plus tôt. Une progression liée à "une augmentation des volumes, d'une amélioration du mix produit et des actions en cours pour l'excellence opérationnelle", explique Alstom dans son communiqué.
 
Le résultat net (part du groupe) a atteint 128 millions d’euros. Au premier semestre de l’exercice fiscal 2016-2017, le cash-flow libre était exceptionnellement élevé à 333 millions d’euros, "bénéficiant de plusieurs importantes avances à la commande ainsi que du phasage à la fois des investissements et des dépenses héritées du passé ("legacy cash out"). Alstom disposait d’une trésorerie nette de 54 millions d’euros au 30 septembre 2016 comparée à une dette nette de 203 millions d’euros au 31 mars 2016.
 
Malheureusement, ces excellents résultats ne changent rien à la situation d'Alstom en France. Le 27 septembre 2016, le Comité central d'entreprise (CCE) a voté un droit d'alerte économique sur la situation du groupe dans l'Hexagone et demandé une expertise.
Même si depuis l'horizon s'est éclairci à la faveur d'importants marchés remportés comme celui des RER NG en Île-de-France, il n'en demeure pas moins que le groupe est en surcapacité et souffre également d'une trop forte spécialisation de ses sites dans l'Hexagone qui imposeront tôt ou tard une rationalisation de l'outil industriel.

Surtout, la concurrence étrangère, en particulier chinoise, inciterait les acteurs européens à fusionner pour atteindre une taille critique. La prochaine révolution d'Alstom ?

Florence Guernalec