Les salariés de Megabus France se sentent un peu comme les dindons de la farce, les laissés-pour-compte d'une transaction bancale entre leur maison mère Stagecoach et Flixbus.

Rappel. Lorsque Stagecoach a annoncé, au début de l'été 2016, la vente des activités en Europe Continentale de sa filiale Megabus à Flixbus, les choses paraissaient à peu près claires. Le rachat portait sur les activités commerciales, la plate-forme de réservation, le fichier clientèle. Les lignes devaient être intégrées au réseau de flixbus et opérées en sous-traitance par des autocars Megabus repeints aux couleurs de Flixbus. Megabus devenait ainsi un simple sous-traitant de Flixbus et les conducteurs conservaient leur emploi.

Mais à la rentrée de septembre, "Flixbus a notifié à Megabus.com SAS qu'elle souhaitait la cessation par cette dernière de l'exploitation (des) lignes en son nom". Pierre Gourdain alors directeur de Flixbus France, expliquait qu'un travail d'optimisation sur les lignes en doublon a conduit à privilégier les autocaristes français qui opéraient déjà des lignes Flixbus : "Nous avons donné la priorité à nos partenaires sur nos lignes françaises", précisait-il. Un mouvement de retrait qui s'est opéré dans tous les pays d'Europe Continentale où Megabus opérait des lignes nationales. Stagecoach ne garde que ses lignes européennes.

Plus de lignes à exploiter

En clair, après avoir vendu la totalité de sa matière grise et perdu son contrat de sous-traitance avec Flixbus, Megabus France, 34 autocars et 175 salariés, n'avait plus aucune ligne à exploiter. D’où la cessation d'activité qui interviendra en mars 2017.

Selon les syndicats, la direction de Megabus France propose à chacun des salariés une indemnité de licenciement de 2000 euros alors que l'Unsa comme la CGT, réclament 50 000 euros. Pour se faire entendre, ils ont organisé vendredi 18 novembre 2016 une opération escargot sur le périphérique parisien, puis se sont rassemblés à la mi-journée devant le ministère de l'Économie, où une délégation était reçue, pour demander "un appui" de l'État dans le cadre des négociations. Une prochaine réunion aura lieu le mercredi 23 novembre.

Une transaction à 26 millions d'euros

Selon Mohammed Ouhnache, élu Unsa, le montant de la transaction entre Megabus et Flixbus qui n'avait jamais été révélé, serait de l'ordre de 26 millions d'euros, non pas en numéraire mais en actions. Selon le syndicaliste, Stagecoach serait ainsi entré au capital de Flixbus. "L'objectif de Sategcoach est de monter au capital de Flixbus à hauteur de 49%", explique-t-il.

Les salariés réclament donc des comptes à leur maison mère, "Stagecoach doit assumer ses responsabilités", mais aussi à Emmanuel Macron accusé de ne pas avoir suffisamment protégé l'emploi dans sa loi. "Macron s'est vanté d'avoir créé de l'emploi, mais il a créé de l'incertitude", indique Mohammed Ouhnache.

Autour de lui, plusieurs syndicalistes arboraient des tee-shirts proclamant "Macron m'a tué". Plus vendeur médiatiquement qu'un sybillin "Stagecoach m'a tué". D'ailleurs, Benoît Hamon et Gérard Filoche étaient présents pour les soutenir. Sans doute pas un hasard.

Robert Viennet