"Plusieurs défaillances de sécurité" sont à l'origine du déraillement du train Yaoundé-Douala qui a fait 79 morts et quelque 600 blessés le 21 octobre au Cameroun, a assuré mardi 22 novembre la chaîne de télévision française France 24 pour laquelle il s'agit d'une catastrophe "largement prévisible".

Le 21 octobre, un train bondé parti de Yaoundé pour la métropole portuaire de Douala avait déraillé à hauteur de la ville d'Eséka (centre). "Le matin même du drame, une inspection sur le train faisait déjà état d'un manque de freinage sur la locomotive et d'une usure complète des semelles de frein", ajoute France 24. 
 
Une charge excessive

D'après un document interne que la chaîne s'est procurée, “la rame était composée de dix-sept voitures pesant 675 tonnes. Or, selon les propres instructions de l'opérateur ferroviaire Camrail, la charge d'un train voyageurs ne pouvait excéder 650 tonnes", selon la même source.

Cette version contredit celle d'un responsable du groupe Bolloré, Eric Melet, président de Bolloré Africa Railways, qui regroupe les activités ferroviaires du groupe Bolloré en Afrique. "Rien ne permet de dire aujourd'hui que l'on était en surcapacité, par contre toutes les places étaient occupées", expliquait-il le 25 octobre à l'AFP.

Le conducteur "a donc dû obtenir (un) ordre spécial de sa hiérarchie pour quitter la gare en surcharge", assure France 24.

Huit élements supplémentaires “ont été rajoutés à la hâte le matin du drame", rappelle la même source, ajoutant qu'il s'agissait de "huit voitures de fabrication chinoise (...) dépourvues d'un système de freinage adéquat".

Cette version s'est propagée dans le pays peu après la catastrophe. "C'est le système de freinage (qui) est à l'origine de ce drame" parce qu'il a provoqué "l'excès de vitesse qu'on a observé“, a renchéri un expert ferroviaire, Benoît Essiga, interrogé par France 24. D'après lui, l'endroit où s'est produit l'accident "devait être traversé à 40 km/h et, malheureusement, la rame est arrivée à 96 km/h". 

Des familles de victimes portent plainte

Au moins 28 familles de victimes ont déposé plainte au Cameroun, notamment contre Camrail et ses dirigeants. La plainte vise Camrail, filiale du groupe français Bolloré, ses dirigeants et le conducteur du train, selon un collectif d'avocats défendant les victimes.

Ce déraillement s'est produit dans un contexte particulier. La rupture d'un pont entre Youndé et Douala coupant toute circulation routière avait entrainé un afflux massif de voyageurs vers le train, parti bondé. La question s'était posée de savoir si le gouvernement camerounais avait fait pression sur la compagnie pour qu'elle allonge son train, l'État camerounais étant actionnaire minoritaire de Camrail (1).

Le ministre des Transports, Edgar Alain Mebe Ngo'o, s'en était défendu et Bolloré Africa Railways avait abondé en ce sens quelques jours après la catastrophe. "Un peu plus tard dans la matinée, le ministère des Transports s'inquiétait à juste titre de la coupure de la route et avait demandé à un des responsables de Camrail quelles mesures il envisageait pour le prochain train, expliquait  son président Eric Melet.  A ce moment-là, le train était déjà en formation et le responsable de Camrail avait simplement informé le ministère de l'offre de transport supplémentaire. Le ministère en avait pris bonne note“.

Le groupe Bolloré chercherait-il à couvrir l'État camerounais, un pays où il possède de nombreuses activités économiques ?

Marc Fressoz

 
(1) Camrail appartient à 77,4% à SCCF (Groupe Bolloré), 13,5% à l'État camerounais, 5,3% à Total Cameroun et 3,8% à SEBC (Groupe Thanry).