"Cette commande a remis la Normandie en haut de la pile" des dossiers à traiter d'urgence par la SNCF, a déclaré le président normand Hervé Morin. L'élu a choisi de prendre en charge l'ensemble des lignes Intercités normandes, et leurs éventuels déficits. En échange, l'État prend à sa charge le financement des trains neufs et réaliser les travaux d'adaptation et les équipements de maintenance nécessaires pour un montant de 720 millions d'euros.

Ce sont donc 40 rames qui ont été commandées au groupe Bombardier, pour 585 millions d'euros, une levée d'options dans le cadre du contrat-cadre signé avec la SNCF en 2010 pour le compte des Régions. En effet, la plate-forme est la même que pour les Regio 2N destinés aux TER, mais la motorisation et l'aménagement sont différents. Ces trains circuleront sur les lignes Paris-Caen-Cherbourg, sur la branche Deauville-Trouville et sur Paris-Rouen-Le Havre.
 
La Normandie est la première Région à se doter de trains Bombardier Omneo Premium destinés aux lignes Intercités. Ces rames sur deux niveaux peuvent rouler jusqu'à 200 Km/h. Les Omneo Premium de 135 mètres de longueur offriront une capacité de 470 places assises (+20% par rapport à la flotte actuelle) et pourront être exploités en unités doubles. Accessibles de plain-pied, les rames sont équipées d'un nouveau siège large doté de liseuse et de prise électrique et USB, et du Wi-fi à bord.

"Que du bonheur"

"Du fait de la volonté de la Région qui a proposé une solution totalement innovante, de l'écoute du Premier ministre Manuel Valls qui est totalement rentré dans le jeu et a pris la décision, et enfin de l'énergie de la SNCF pour trouver une solution, on a réussi à faire quelque chose d'extraordinaire", s'est félicité Hervé Morin.

"Que du bonheur", s'est exclamé de son côté le président de la SNCF Guillaume Pepy. "Le retard de la Normandie va être comblé", a-t-il ajouté, précisant que les premiers trains arriveront à Sotteville en septembre 2019 pour rodage avant une entrée en service début 2020.

Un ballon d'oxygène pour l'usine Bombardier de Crespin, près de Valenciennes. Cette commande de 40 rames représente l'équivalent de 14 mois de production et 450 emplois directs pour ce site du Nord qui compte 2.000 salariés, et "trois fois plus d'emplois" pour les fournisseurs, parmi lesquels plusieurs entreprises normandes.
 
La maintenance relocalisée
 
La maintenance de ces trains normands sera assurée en Normandie et non plus à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis): principalement à Sotteville-lès-Rouen dont l'atelier actuel, datant du XIXe siècle sera rénové, et aussi à Caen, pour un coût total pour la SNCF de 100 millions d'euros, avec à la clé la
création d'une centaine d'emplois.

Au total, compte tenu des travaux d'infrastructures engagés par la SNCF, et du coût de modernisation des centres techniques, la Normandie va bénéficier d'investissements atteignant 1,3 milliard d'euros.
 
Un risque financier contesté

En contrepartie, la Région va prendre en charge les déficits de ses cinq lignes TET (trains d'équilibre du territoire) : outre les lignes concernées par les nouvelles rames, il y a aussi Paris-Granville, Paris-Evreux-Serquigny et Caen-Le Mans-Tours, toutes actuellement déficitaires.

Cette prise de risque financière est qualifiée de "coup de bluff" par l'opposition socialiste. La région Grand Est, qui s'apprête également à prendre en charge ses TET, a su négocier des compensations avec l'État et les régions limitrophes, affirment les socialistes, invitant M. Morin à faire de même.
Selon eux, le "contribuable normand paiera 4,17 fois plus pour ses trains qu'un habitant du Grand Est".

Trop proche de Paris pour disposer d'une ligne TGV, la Normandie a été longtemps délaissée par la SNCF. Les conditions de transport très dégradées ont entraîné une perte de clientèle. Une ligne nouvelle Paris-Rouen-Le Havre avec une branche Evreux-Caen est envisagée mais pas avant 2030.

Florence Guernalec (avec AFP)