Attention, on ne bouscule pas comme ça une dynamique chèrement acquise depuis l’accord "historique" du 26 janvier 2011 passé entre l’État et la région Île-de-France. Cela risquerait de faire arriver le métro du Grand Paris en retard, la première partie de la ligne 15 étant attendue en 2022-2023.

C'est en substance la mise en garde adressée par le Conseil économique, social et environnemental régional d'Île-de-France (CESER) à Valérie Pécresse qui l’avait saisi en juillet 2016 pour réfléchir à une nouvelle organisation entre le Stif et la SGP. 
 
Un dessein contrarié

Dans la dynamique de son élection à la tête de la région Île-de-France et du Stif, Valérie Pécresse avait émis l’idée d'établir une forme de sujétion hiérarchique entre le Stif et la Société du Grand Paris (SGP), le premier devenant la tête du second par souci pratique de simplification. En jeu également, les milliards d’euros de ressources propres du Grand Paris.

Mais "il n’y a pas lieu, à ce stade, d’envisager  une nouvelle organisation de la gouvernance du projet en lui même" du Grand Paris Express répond donc le CESER dans son avis du 8 décembre 2016  sur "La gouvernance au service de la réalisation du Nouveau Grand Paris des transports".

Au lieu de bouger les pièces du puzzle, le CESER, dont l'avis a été massivement approuvé (86 pour, 0 contre, 7 abstentions et 4 non participation), recommande "de faire jouer à plein les mécanismes opérationnels de cette relation (…) sans prendre le risque de voir toute modification organisationnelle, voire institutionnelle, entraver la dynamique de ce projet de long terme avec, comme conséquence possible, un retard dans sa réalisation".
 
Faciliter l'intermodalité

Dans l'entourage de Valérie Pécresse, on minimise ce qui apparaît comme une forme de revers, en rappelant que l'élue "ne proposait pas une fusion de la SGP et du Stif", mais des améliorations. Le rapport offre par ailleurs une échappatoire à la présidente du Stif en précisant qu'il y a des terrains où les rapports entre les deux organismes méritent d'être plus étroits pour faciliter l’aménagement des gares en pôles d’échanges fonctionnels, "points clés du projet en termes d’aménagement, d’accessibilité, d’intermodalité et d’interconnexion".

Reste que sur le fond, l'argument des tenants de l'organisation actuelle a fait mouche sur les membres du CESER. En fait, l'influence de la SGP n'est pas mince. Outre les quelque deux cents personnes qui conduisent le projet de métro, la SGP c'est aussi une assemblée où siègent plusieurs dizaines d’élus d'Île-de-France qui n’ont pas envie d’abandonner un certain pouvoir.
 
Lors de leur audition, le président de la SGP Philippe Yvin et son équipe ont développé des arguments qui ont alimenté le rapport du CESER : si on flèche les recettes fiscales de la SGP vers le Stif, on tuera le Grand Paris Express car elles serviront à autre chose ; si on bouge l’organisation, ce sont des mois de retards etc.  
 
Une "nécessaire et étroite imbrication"

L’articulation actuelle entre les deux structures est certes complexe. Mais "la nécessaire et étroite imbrication" entre la SGP et le Stif "a contribué à établir un équilibre dans les relations entre les deux établissements publics", considère le CESER.

Surtout, "la coordination entre les deux établissements publics, prévue par la loi MAPTAM, a fait l’objet du décret du 18 mars 2015 qui en précise les domaines d’application, les modalités d’association et de consultation ainsi que les procédures d’approbation des dossiers d’avant-projet, aux différents stades de leur avancement".

Et au final,  après une période de "réglages", "cette association s’est concrétisée, sur le terrain, par un engagement effectif des travaux sur la ligne 15 Sud ainsi que des travaux préparatoires sur la ligne 16 et devrait permettre d’ouvrir les chantiers sur les autres lignes d’ici à 2018".

Qu'espérer de mieux ? Que la première ligne de métro du GPE soit bien à l'heure et que son coût final n'explose pas.

Marc Fressoz