Si vous voyez bientôt des bus londonniens rouler aux couleurs de la RATP, c'est normal. L'incursion de la régie des transports parisiens outre Manche est le résultat du rapprochement officiel entre deux autres poids lourds français des transports publics, Veolia et Transdev. La filiale de la Caisse des Dépôts (CDC) et celle de Veolia Environnement ont en effet officialisé le 4 mai leur union, donnant naissance au futur n°1 mondial privé du transport collectif.

Ce rapprochement offre aussi l'occasion à la RATP de passer dans la cour des grands, en France et à l'étranger, tout en restant protégé en Ile-de-France puisqu'aucun concurrent ne pourra s'aventurer en territoire francilien avant une bonne quinzaine d'années. En sortant du capital de Transdev (25,6%) prêt à fusionner avec Veolia, la RATP récupère donc 340 millions d'actifs en échange : au Royaume-Uni, en Italie, en Suisse, ainsi que plusieurs réseaux interurbains et urbains en France (lire l'encadré).


8,2 milliards de chiffre d'affaires

Annoncé en juillet 2009, il aura fallu dix mois pour concrétiser et se mettre d'accord sur les détails de ce projet de rapprochement. Avec 117 000 salariés et une implantation dans 28 pays, le nouveau géant des transports publics qui n'a pas encore d'autre nom que Veolia Transdev ("cela pourrait changer, affirme Antoine Frérot, futur président du groupe), pèsera 8,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Avec une croissance attendue de 6% en 2010, selon ses futurs dirigeants qui ont présenté l'accord de fusion mercredi 5 mai, au siège de la Caisse des Dépôts, à Paris.

Veolia-Transdev compte sur le développement "prévisible" du marché de la mobilité qui représente aujourd'hui 340 milliards d'euros dans le monde. "Trois milliards de personnes vont s'urbaniser dans les 30 ans à venir", prédit Augustin Romanet, président de la CDC. Un marché dont se délecte déjà le futur colosse qui mise sur la complémentarité géographique et technique des deux groupes. Transdev a une expertise reconnue dans le domaine du tramway et de de l'économie mixte, tandis que Veolia détient une belle expérience dans l'exploitation ferroviaire, en Grande-Bretagne et en Allemagne, notamment.


Le feu vert de Bruxelles


Pour être vraiment sur les rails, la fusion attend maintenant le feu vert des autorités de la concurrence européenne : "Cela pourrait intervenir en septembre 2010 ou, si Bruxelles décide d'un examen approfondi, fin 2010, début 2011", affirme Cyrille du Peloux, futur directeur général délégué de Veolia-Transdev. Quelques cessions au Pays-Bas, où Transdev détient Connexxion, seront sans doute exigées par Bruxelles pour rééquilibrer les forces de la concurrence européennes, prévoit Antoine Frérot.

Douze mois après la clôture de la fusion, Veolia-Transdev sera introduit en Bourse pour augmenter son capital et partir à la conquête du marché mondial des transports. En 2009, Guillaume Pepy, président de la SNCF avait dévoilé l'intérêt de sa filiale Keolis pour Transdev, mais une fois de plus, elle a vu le train de la fusion lui passer sous le nez. Ni le Britannique Arriva, ni Transdev ne tomberont dans l'escarcelle de la compagnie nationale.

Nathalie Arensonas