Faut-il apporter de l’eau au moulin du TGV ? Ou bien faut-il redonner une priorité au réseau existant pour développer le fret ferroviaire, le mode de transport que tout le monde aime sur le papier mais que personne ne soutient vraiment en réalité ?

Le débat public qui se tient en Bourgogne jusqu'en mars 2017 à propos du projet Voie ferrée du Centre Europe Atlantique (VFCEA) – pendant ferroviaire de l'accidentogène Route Centre Europe Atlantique –  a presque des accents d'un référendum à l’échelle locale. Il permet de vérifier si sur le terrain, citoyens, associations, élus, collectivités, institutions, forces économiques partagent la réorientation de la politique nationale en matière d'infrastructures et de services ferroviaires.

Un projet à  600 millions d'euros

"Le projet porté par SNCF Réseau prévoit à la fois la modernisation et l'électrification des 160 kilomètres de ligne existante entre Nevers et Chagny et la création d'une virgule d'environ 5 kilomètres afin de permettre l'interconnexion TER-TGV et la réalisation d'une gare de correspondance à hauteur de la gare du Creusot-Montchanin", expose Ilaria Casillo, la présidente de la commission particulière du débat public et vice-présidente de Commission nationale du débat public (CNDP).

"Mais ajoute-t-elle, le prochain contrat de plan État-Bourgogne-Franche-Comté réserve une enveloppe de 300 millions d’euros à VFCEA, qui ne sera pas suffisante pour aller dans les deux directions. Il faudrait alors près de 600 millions et peut-être davantage pour faire la totalité. Le débat public que nous organisons est donc destiné à demander au public : que préférez ?"

Des intérêts divergents

Le rôle par nature neutre de la CNDP dans le débat ne l'empêche pas de rappeler les enjeux et les forces en présence. "Tout le monde dit oui à VFCEA mais pas oui à la même chose. La Nièvre dit oui à l'électrification pour des raisons de désenclavement ferroviaire et de meilleures liaisons TER,  la communauté du Creusot demande plutôt la création de la virgule et d'une gare d'interconnexion TER-TGV. Et au-delà du voisinage de la ligne, le port de Nantes et surtout de la Rochelle sont très demandeurs de la modernisation de Nevers-Chagny", résume Ilaria Casillo.

Un enjeu pour les ports

Le port de La Rochelle, qui apparaît comme une alternative à Rouen pour le trafic de céréales, a connu un fort développement de son trafic depuis la mise en place avec le port de Nantes de l'opérateur de  fret de proximité OFP Atlantique. Cette entreprise ferroviaire tracte d'ailleurs des trains sur un périmètre qui va bien au-delà du territoire local. L'électrification d'un chaînon de la VFCEA permettrait d'utiliser la traction électrique sur un axe stratégique pour augmenter l'hinterland des deux ports maritimes.

Signe que les pouvoirs publics veulent sensibiliser l'opinion à la dimension transport de marchandises du projet, un débat est organisé à Paris, le 9 janviers 2017, sur les enjeux de la politique de fret ferroviaire à l'échelle nationale. La partie n'est pas gagnée car lors du dernier débat public portant sur un projet de modernisation axé sur les marchandises – l'électrification de Serqueux-Gisors destinée au développement du port du Havre – une partie des riverains s'était braquée contre les nuisances du passage des trains de fret.

Un projet pourtant non prioritaire

Pour le directeur territorial Bourgogne-Franche-Comté de SNCF Réseau Abdelkrim Amoura, ce débat public s'inscrit dans "la phase préalable" de ce projet ancien afin de "vérifier son opportunité et son impact environnemental", la création des cinq kilomètres de raccordement pouvant en effet chahuter le vignoble. "Il y a une volonté forte de désengorger la région Île-de-France, point sur lequel nous avons beaucoup de retard, ainsi que de réduire les distances qui relient les métropoles de demain", a-t-il ajouté.

Le  projet VFCEA n'avait pas été classé en tête des priorités par la Commission Mobilités 21. Sa mise en service est aujourd'hui envisagée à l'horizon 2025.  Si l'enveloppe dépasse les 300 millions d'euros prévus, "il faudra trouver d'autres partenaires comme l'Europe ou les Régions limitrophes car c'est un projet d'intérêt national et international", estime  M. Amoura.

Un dessein susceptible d'évoluer ?

La VFCEA consiste, à l'instar de la Route Centre Europe Atlantique pour le transport routier, à relier la façade atlantique de l'Europe à l'Europe rhénane et centrale, ainsi que les axes européens Nord-Sud de transport de marchandises.

A l'issue des différentes rencontres publiques et thématiques, la commission du débat public devra remettre son compte-rendu dans les deux mois.

SNCF Réseau, le maître d'ouvrage aura trois mois pour rendre sa décision et éventuellement amender son projet. 

Deux tiers des projets soumis à un débat public s'en trouvent transformés, rappelle Ia CNDP.

Marc Fressoz