Est-ce l’effet des pics de pollution à répétition de ces derniers jours dans plusieurs grandes agglomérations ? Visiblement, les automobilistes et les entreprises jouent le jeu de la vignette antipollution à coller sur le pare-brise pour permettre d’identifier son véhicule en fonction de ses émissions polluantes (oxydes d’azote, particules).

Bien que la démarche ne soit pas gratuite – le macaron s'obtient moyennant 4,18 euros via le site
géré par l’Imprimerie nationale –, 500.000 personnes ont déjà adressé une demande de certificat de qualité de l’air (CQA), selon nos informations.

Mi-décembre, le ministère de l'Environnement indiquait avoir délivré, depuis le 1er juillet 2016, 290.000 certificats, dont 140.000 en Île-de-France et 43.000 en Isère. 

Une mesure bien anticipée

Depuis, le mouvement s'accélère. Et l'ouverture récente de la démarche aux gestionnaires de flottes (entreprises, loueurs etc.) a rencontré un certain succès. "En 48 heures, 2.000 demandes ont été faites“, indique la même source.

"Les demandes de vignettes ne proviennent pas uniquement de Grenoblois ou de Parisiens, mais aussi d’automobilistes ou de transporteurs installés en province et qui anticipent la mesure pouvoir circuler dans ces deux zones", explique un proche du dossier.

Grenoble a rendu la vignette obligatoire depuis mi-décembre 2016, et la Ville de Paris fera de même à partir du 16 janvier 2017. Lyon doit suivre, et une trentaine de zones ont aussi prévu de l'utiliser.

Les émissions de polluants déclinées en six macarons

Institué mi-2016 par le ministère de l'Environnement, le dispositif, baptisé "Crit'Air", concerne les voitures, les deux-roues, les utilitaires légers, les poids lourds et les autocars.

Pour les voitures particulières, six macarons sont prévus : vert pour "zéro émission" (véhicules électriques ou à hydrogène), puis numérotés du "1", violet (normes Euro 5 et 6 essence) au "5", gris (Euro 2 diesel). Il n'existe pas de vignette pour les voitures immatriculées avant 1997.
 
Les pouvoirs publics peuvent ainsi moduler les mesures en fonction des zones, des horaires, de l'intensité de l'épisode. Début décembre, face à un épisode de pollution hivernal inédit depuis dix  ans à Paris, le ministère de l'Environnement avait demandé aux préfets des régions les plus sensibles d'utiliser désormais les vignettes pour gérer le trafic en cas de pic. La distinction est jugée plus efficace que la circulation alternée en fonction des plaques d'immatriculation.

Des zones de circulation restreinte bientôt à l'œuvre

En outre, la loi sur la transition énergétique permet, depuis 2015, aux collectivités de créer des zones de circulation restreinte (ZCR) : en fonction de la couleur de sa vignette, l'automobiliste peut circuler toute l'année ou seulement certains jours, bénéficier de stationnement ou de voies réservées. 

Pour l'instant, cela ne va que concerner Paris : à partir du 16 janvier 2016, la capitale (hors périphérique et Bois de Boulogne) deviendra une "zone à circulation restreinte" où seuls les véhicules possédant une vignette pourront circuler. Les plus polluants, non classés, seront persona non grata, Paris intra-muros, de 08h00 à 20h00 en semaine.

Une vingtaine d'autres villes, dont Bordeaux et Lyon, ont répondu à l'appel  à projet "Villes respirables" qui inclut ce type de mesures. Mais le processus va prendre du temps : il faut en moyenne dix-huit mois pour qu'un projet aboutisse.

Marc Fressoz