Valérie Pécresse se veut force de proposition. Opposée à une simple fermeture des voies sur berge – du tunnel des Tuileries au tunnel Henri-IV –, la présidente de la région Île-de-France a affirmé, en conférence de presse, qu’elle était favorable à une "piétonnisation progressive" des quais rive droite.
 
Elle a ainsi présenté deux scénarios alternatifs établis par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) pour "sortir de la crispation" avec la mairie de Paris et "essayer de trouver des solutions". Ces deux scénarios sont assortis de douze mesures estimées à 50 millions d’euros, qui seraient financées par la Région et le Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif), et qui visent à compenser la fermeture des voies sur berge. Une fermeture qui est en vigueur à titre expérimental depuis mi-juillet 2016.
 
Au côté de Valérie Pécresse, Chantal Jouanno, vice-présidente de la Région chargée de l’écologie et du développement durable, a rappelé les objectifs de ces scénarios : réduire la circulation, réduire les embouteillages et donner plus de places aux piétons, aux vélos et aux transports en commun. "Nous ne sommes pas opposés à la pétionnisation, le problème, c’est la rapidité ou la brutalité de la mesure prise. D’où l’idée de progressivité que nous proposons." Pour elle, il faut également faire preuve de "flexibilité" selon les heures de la journée, les périodes de l’année, mais aussi selon les véhicules, leur bruit et leurs rejets de polluants.
 
Selon Fouad Awada, le directeur général de l’IAU, les scénarios mis au point visent à "diminuer les reports [de circulation] sur les autres axes, à diminuer les temps de parcours et à régler la situation intolérable des quais hauts".  
 
Scénario 1 : "Apaisement général"

Sur les quais bas, les automobilistes circuleraient sur une seule voie limitée à 30 km/h. Ils auraient la possibilité de ressortir vers les quais hauts. A côté de cette voie sont prévus un trottoir élargi pour les piétons ainsi qu'une piste cyclable.
Sur les quais hauts, le scénario 1 prévoit trois voies limitées à 30 km/h pour la circulation automobile, une voie en site propre pour un bus à haut niveau de service électrique – celui-ci relierait la Porte de Saint-Cloud à la Gare de Lyon (avec un retour par la rue de Rivoli) –, deux trottoirs pour les piétons et une voie cyclable à sens unique.

 

 
Scénario 2 : "Cohabitation douce"

Sur les quais bas, les automobilistes circuleraient sur une seule voie limitée à 50 km/h, sauf qu’ils n’auraient pas la possibilité – comme dans le scénario 1 – de se rendre sur les quais hauts, de Concorde à l’Arsenal, et inversement.  A côté de cette voie sont prévus deux  trottoirs pour les piétons et une piste cyclable à deux sens.
Sur les quais hauts, le scénario 2 prévoit deux voies limitées à 30 km/h pour la circulation automobile, une voie en site propre pour un bus à haut niveau de service – celui-ci  relierait la Porte de Saint-Cloud à la Gare de Lyon (avec un retour par la rue de Rivoli) –, deux trottoirs dont un trottoir élargi pour les piétons et les bouquinistes.
 

 
Le Pr Pierre Carli, président du comité régional d’évaluation des conséquences de la fermeture des voies sur berges parisiennes, a notamment déclaré que le comité avait une préférence pour le scénario 1 qui aurait, selon lui, "l’avantage de permettre un écoulement fluide du trafic à la fois en haut et en bas" ainsi qu’une "meilleure cohabitation" des différents modes de transport. Le comité est également "demandeur de périodes tests", a-t-il ajouté.
 
BHNS électrique, parkings relais et ligne 1
 
Valérie Pécresse a ensuite détaillé douze mesures visant à compenser la fermeture des voies sur berge. Parmi elles, on trouve notamment la création d’un bus à haut niveau de service 100% électrique sur les quais hauts (avec un retour par la rue de Rivoli). "Il faut 30 bus électriques pour créer cette ligne", dont le coût est estimé à 30 millions d’euros. L’Etat et la Région financeraient l’infrastructure, tandis que le Stif prendrait en charge l’acquisition du matériel.
 
La présidente de la région-capitale propose également trois nouveaux parkings relais pour un total de 1.000 places supplémentaires. Ils seraient situés à "trois endroits stratégiques" : à la Porte d’Auteuil, la Porte Maillot et la Porte de Bercy. "L’argent est voté dans le budget 2017 de la Région, il suffit que la mairie de Paris donne son autorisation et qu’elle mette à disposition les terrains", a-t-elle complété. 
Une autre mesure concerne ce que la présidente du Stif appelle "la reconquête de la Seine". Une étude du Stif sur un nouveau système de navettes fluviales est en cours et sera dévoilée à la rentrée.
 
Valérie Pécresse souhaite aussi renforcer l’offre de la ligne 1 du métro en journée. Ce qui aurait un coût d'1 million d’euros, mais "le Stif est prêt à [le] prendre en charge". En outre, la présidente de Région fait d’autres propositions, comme la création de carrefours intelligents à Paris, l’optimisation de la circulation des véhicules de services urbains (services de propreté et de livraison) et l’isolation phonique de la route (et des façades).
 
"Ces scénarios seront envoyés, dans les semaines qui viennent, au préfet de Paris, à la Métropole et à la mairie de Paris", indique Valérie Pécresse, qui a demandé au préfet de police de prolonger de trois mois l’expérimentation de la fermeture des voies sur berge  jusqu’à la fin du mois de juin 2017 pour établir un bilan crédible.
 
La période d’expérimentation de la fermeture des quais rive droite doit initialement  se terminer le 26 mars 2017.
 
Un bras de fer "apaisé" ?
 
C'est un “revirement salutaire", a réagi Christophe Najdovski, adjoint parisien EELV chargé des transports, qui dit voir dans ces propositions "une attitude désormais constructive de l'exécutif régional". La présidente LR du conseil régional "sort de l'opposition systématique, elle ne remet plus en cause le projet en lui-même", a-t-il estimé.
 
Il refute cependant quelques propositions de la Région. Remettre les voitures sur les quais bas ? "Ce n'est pas envisageable." Allonger la période d'observation ? "Ville et préfecture se sont engagées pour six mois. Toute manoeuvre pour repousser la décision serait dilatoire." S'il a salué certaines propositions régionales, l'élu écologiste a affirmé qu'elles "rejoignaient très largement celles [qu'ils faisaient] depuis des mois" (navettes fluviales, parcs relais, etc). "Mais améliorons d'abord l'existant", comme le développement du vélo et bus électrique sur les quais 
hauts, a-t-il glissé.

Christophe Najdovski a également salué la proposition régionale de financer la lutte contre le bruit et des "carrefours intelligents" sur les quais hauts. "La réduction du bruit est un point essentiel à nos yeux. Plus nous serons nombreux à nous impliquer, mieux ce sera."

Hadrien Baer (avec AFP)