"Ce sont des résultats solides et en ligne avec nos prévisions malgré un contexte difficile", a résumé la PDG de la RATP, Elisabeth Borne, lors de la présentation des résultats 2016 du groupe. En effet, le chiffre d'affaires consolidé a baissé de près de 2% à 5,45 milliards d'euros – 20,7% provient de ses filiales, principalement RATP Dev. La recette client est notamment en recul de 1% entre 2015 et 2016, malgré une réduction du taux de fraude. Le résultat net récurrent part du groupe a baissé de plus de 43% à 171 millions (199 millions avant le paiement de l'impôt sur les sociétés, une première pour le groupe RATP).
 
En fait, ces résultats avaient été anticipés par le groupe. Plusieurs raisons expliquent cette année difficile : tout d'abord, 2016 a marqué l'entrée en vigueur du nouveau
contrat Stif (2016-2020) qui prévoyait une baisse de 100 millions d'euros des subventions versées par l'autorité organisatrice. En outre, la faible inflation a conduit à une indexation nulle de la rémunération de la RATP. De plus, le contexte post-attentat a fait notamment souffrir l'activité des bus touristiques. Enfin, le groupe a également subi un effet de change défavorable avec la livre sterling (-64 millions), alors que la Grande-Bretagne représente 35% du chiffre d'affaires de sa filiale RATP Dev. A cela, s'ajoutent des coûts de développement accrus en raison de la réponse à de nombreux appels d'offres.
 
Des investissements à un niveau élevé en Île-de-France
 
Le contrat Stif prévoit un niveau élevé d'investissement au début du contrat – près de 1,8 milliard en 2016 – repartis entre l'accroissement de la capacité de transport (42%), la modernisation des infrastructures et des équipements existants (42%) et le renouvellement et la rénovation du matériel (16%). En 2016, la capacité d'autofinancement du groupe s'est élevée à 912 millions d'euros (-12,8%). Le ratio endettement net/capitaux propres (gearing groupe) s'est élevé à 1,3 contre 1,4 en 2015.
 
L'année 2016 a ainsi été marquée par les travaux de prolongement de quatre lignes de métro en Île-de-France – les lignes 4, 11, 12 et 14 – et de deux lignes de tramway – T3 et T6 mis en service en juin 2016.

Parallèlement, la RATP a vu la montée en puissance de l'automatisation de la ligne 4, la préparation du pilotage automatique du tronçon central du RER A qui doit s'achever mi-2018 et doit permettre de gagner plus de trois minutes entre Vincennes et La Défense. Avec la nouvelle grille horaire votée en conseil du Stif le 22 mars 2017, la RATP espère gagner 2 ou 3 points de régularité. La modernisation passe également par le déploiement du système de contrôle, commande et supervision des trains OCTYS sur la ligne 9.

De plus, la RATP a poursuivi la rénovation de plusieurs stations et gares. Enfin, le déploiement du matériel à deux niveaux MI09 sur le RER A s'est poursuivi en 2016 (et
achevé début 2017), celui sur la ligne 9 en rames MF01 s'est terminé.
 
Un trafic en légère hausse  
 
Le trafic en Île-de-France a augmenté de 1,6% (1,2% hors effet calendaire) avec des résultats contrastés selon les modes de transport : le tramway (+7,4% hors effet calendaire) enregistre une hausse, en raison notamment d'une augmentation de l'offre, le bus (+1,9) et le RER (+1,6%) en raison de l'effet de la mise en place du passe Navigo à tarif unique. En revanche, le métro a vu sa fréquentation baisser de 0,5%. La RATP a observé une baisse de trafic dans les stations touristiques liée aux attentats en France et en Belgique. Le groupe prévoit une hausse de 1% de la fréquentation en 2017.
 
La campagne de communication et les opérations coup de poing de
lutte contre la fraude ont porté leurs fruits : sur le réseau ferré, ce taux est passé de 3 à 2,2% en 2016 (et a connu une baisse de 27% sur le RER avec la mise en place du passe Navigo à tarif unique) ; sur le réseau de surface (bus et tramways), le taux de fraude est passé de 13 à 10,4%. Malgré ces résultats, la RATP envisage toujours de "fermer" les stations de tramway. Elle doit commencer avec le T6 qui présente la particularité d'avoir des stations souterraines. Elle mise également sur une hausse du taux de recouvrement des amendes, actuellement à 45% (37% en paiement immédiat) avec la mise en place à la rentrée 2017 de la plate-forme de vérification des adresses des contrevenants créée par l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP).
 
Des perspectives 2017 alléchantes
 
Les résultats sont également en demi-teinte pour sa filiale RATP Dev. Son chiffre d'affaires a stagné malgré le démarrage des contrats d'
Epernay et de Laon et malgré l'effet "année pleine" de l'acquisition de Dupas Lebeda Entreprises et du groupe Finand. RATP Dev a, par ailleurs, remporté l'appel d'offres de Vannes en 2016 et a été renouvelé à La Roche-sur-Yon. A l'international, le tramway de Washington a été mis en service en février 2016 et la filiale a remporté le marché de Lake County en Floride. 
 
Surtout, le groupe compte sur le gain de plusieurs appels d'offres en 2017 qui représentent 900 millions d'euros de chiffre d'affaires en année pleine dont 50% dans le métro automatique. Il s'agit, en particulier, des marchés de Doha et
Riyad. RATP Dev est également pré-qualifié dans le cadre de l'automatisation d'une ligne de métro à Montréal.
En outre, RATP Dev a répondu à l'appel d'offres pour le renouvellement de la ligne 1 de tramway de Casablanca et l'exploitation des futures lignes.
Sa filiale en Italie a été une seconde fois désignée pour exploiter
le réseau de bus de Toscane (400 millions d'euros de CA), mais doit encore attendre l'examen du Conseil d'État italien au mois d'avril 2017 pour un démarrage du contrat en 2018.
Ces perspectives devraient lui permettre d'atteindre son objectif de 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires à l'horizon 2020 dont 30% générés par ses filiales avec un gearing groupe voisin de 1.
 
L'année 2017 sera marquée par le lancement d'un premier appel d'offres massif de bus électriques dans le cadre de son plan bus 2025 en Île-de-France, qui prévoit que le parc de 4.500 véhicules sera 100% écologiques à l'horizon 2025. La RATP a effectué de
nombreuses expérimentations avec différentes marques (Bluebus, Solaris, Irizar, Dietrich Carebus-Yutong, BYD, Heuliez Bus). Un choix très attendu et pas si simple pour la RATP qui doit notamment faire son marché entre des bus français construits en dehors de l'Hexagone et des bus étrangers dont 60% de la valeur ajoutée est créée en France.

Florence Guernalec