"Il n'y a pas de dumping social", a balayé le directeur général de SNCF Transilien Alain Krakovitch, lors d'un point presse sur cette ligne devant relier la gare du Bourget à celle d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Lors du comité central du groupe public ferroviaire du 4 mai 2017, la CGT, l'Unsa, Sud et la CFDT ont voté contre les conditions d'exploitation du tram-train T11 Express.

Ce marché a été attribué par le Syndicat des transports d'Île-de-France (Stif) à la SNCF qui en a confié l'exploitation à Transkéo, une filiale de droit privé spécialement créée via ses autres filiales Keolis (transport urbain) et SNCF participations.

Des salariés qui ne seront pas au statut

De fait, "la SNCF affiche clairement qu'elle veut faire du ferroviaire avec des salariés qui ne seront pas au statut" et "organise en interne de la concurrence", a déploré auprès de l'AFP Roger Dillenseger, le représentant de l'Unsa.

Pour la CGT, "un cap supplémentaire dans la casse de l'entreprise" a été franchi au bénéfice de Keolis dont "chacun connaît les velléités de prendre des parts de marché à l'entreprise publique avec comme seul objectif celui de faire un maximum de profits", selon les termes de sa déclaration consultée par l'AFP.

La SNCF ne "respecte pas" la clause 99 du contrat passé avec le Stif, l'engageant à "lutter contre toute forme de dumping social" et "on ne s'interdit pas d'ester en justice", a pour sa part souligné Fabien Dumas, représentant de Sud.

Pour Thomas Cavel (CFDT), Transkeo est "l'occasion manquée d'organiser avec les cheminots un nouveau service, comme on l'a fait avec Ouigo", l'offre TGV à bas coût, "une commande politique" pour "prouver que la SNCF peut faire sans les cheminots".

Une convention collective de branche à la place

La centaine de salariés concernés ne pourront pas prétendre au "statut" de cheminot, qui offre notamment une garantie de l'emploi, un régime spécial d'assurance maladie et de retraite, et organise l'avancement des carrières, ce que déplorent la CGT, l'Unsa, Sud et la CFDT.

Les conditions de travail des agents recrutés ne seront pas encadrés par l'accord d'entreprise signé au sein de la SNCF en juin 2016, mais par la convention collective de la branche ferroviaire, une "convention négociée et validée par les organisations syndicales", a souligné Alain Krakovitch.

"Les salaires et les conditions de travail semblent attractives puisqu'on a reçu 3.500 CV pour 90 postes", a ajouté André Magnon-Pujo, directeur régional de Keolis, précisant qu'il s'agit de postes en CDI, dont les niveaux de salaires, "hors éléments variables, sont à 17% au dessus du smic et avec les éléments variables, à 67% au-dessus du smic".

Certaines dispositions vont "au-delà" de la convention collective, a-t-il précisé: "13e mois, majoration de salaire de 30% pour le travail de nuit ou le dimanche".

Une "polycompétence" demandée aux agents

"Transkéo a des coûts qui sont 40% moins chers que ceux d'une ligne Transilien. Deux tiers de ces 40% correspondent à la nature de la ligne", a détaillé Alain Krakovitch, et "un tiers de ces 40%" correspond à cette politique RH et à la "polycompétence" demandée aux agents.

En effet, les conducteurs (environ 70 agents) feront aussi de "l"information clients" et de la vente et la vingtaine de contrôleurs, de "l"information voyageurs". Le directeur général de Transilien souhaite développer ce modèle pour les tram-train T12 et T13 Express, prévus en Île-de-France à l'horizon 2021.

AFP