La SNCF, c’est inouï. Qui était le grand chef représentant la SNCF pour célébrer le 1er juin 2017 les dix ans de la coopération entre l’entreprise ferroviaire française SNCF et l’entreprise ferroviaire DB sur le créneau de la grande vitesse ? Réponse : Patrick Jeantet, le PDG de SNCF Réseau, le gestionnaire des rails qui, grâce à la loi de réforme ferroviaire de 2014, a en même temps le titre de président délégué de la SNCF.

Fait amusant, les équipes SNCF ont commis un lapsus dans le communiqué de presse estampillée DB-SNCF qui présente "Patrick Jeantet [comme] président du directoire SNCF et PDG de SNCF mobilité" la fonction de Guillaume Pepy ! Le 6 juin, l'erreur n'avait toujours pas été corrigée sur le site .
 
Patrick Pepy et Guillaume Jeantet ?

"J’ai remplacé Guillaume Pepy qui a dû se rendre d’urgence en Afrique", a expliqué Patrick Jeantet lors de la cérémonie. Avec les responsables de la DB, deux responsables du groupe SNCF (Florence Parly et de Rachel Picard) ainsi que l'adjoint au maire de Paris Christophe Najdowski, il a baptisé une rame ICE au nom de Paris.

Interchangeables, les deux patrons du groupe ferroviaire public français ? Au point qu'on pourrait les rebaptiser Patrick Pepy et Guillaume Jeantet ? Le temps est, en tout cas, à la proximité entre les deux hommes et entre les deux EPIC Mobilités et Réseau cimentés par un EPIC de tête d'un millier de personnes. 
 
Un modèle similaire et des intérêts communs

La réforme de 2014 s'inspire du modèle intégré allemand où le gestionnaire du réseau DB Netz est une composante du groupe DB. L'événement qui s'est tenu Gare de l'Est a permis aux deux plus importants groupes ferroviaires d'Europe de célébrer également la façon dont ils interprètent la libéralisation bruxelloise du transport international de voyageurs.

L'entreprise ferroviaire SNCF française et son homologue allemande la DB font cause commune. Pas question de se livrer à une concurrence frontale qui serait ravageuse et perdante en termes tarifaires et financiers.

Certes, dans le fret ferroviaire et la logistique, c'est la concurrence acharnée, Fret SNCF intégré à la branche SNCF Logistics et DB Cargo composante de DB Schenker,  numéro un toutes catégories s'affrontent sans ménagement en Europe. Mais dans la grande vitesse transfrontalière, les deux groupes voyagent à bord du même train, c'est-à-dire sous le régime de la coopération qui avait cours avant que les textes européens permettent l'ouverture du marché.

Ensemble avec nos 16 millions d’usagers de l’ICE et du TGV, nous avons depuis 2007, vécu une histoire exceptionnelle“, résume Birgit Bhole, la présidente de DB Fernverkher, la division grandes lignes de la DB. Sur l'axe qui franchit le Rhin, le partenariat dure jusqu'en 2020 et rien ne permet de dire qu'il ne sera pas prolongé au-delà.

"Le marché s’établit à 2 millions de voyageurs par an, davantage que nos dans projections et il progresse chaque année, excepté en 2016“, souligne Emmanuel Mroz, le directeur d’Alleo France, la structure commune qui exploite et commercialise les 24 trains à grande vitesse quotidiens qui circulent entre la France et l'Allemagne.

Londres n'est plus une priorité pour les ICE de la DB

Autre signe de la bonne entente entre DB et la SNCF, les velléités de la DB de lancer ses ICE à l'assaut d'Eurostar, filiale à 55% de la SNCF, en franchissant la Manche se sont tranformées en pacte de non agression. “Rallier Londres ne figure pas à notre programme avant cinq ans“, précise Birgit Bhole, la présidente de DB Fernverkher, car nous avons d'autres priorités“. En effet, la DB  dont le président Rudiger Grube a démissionné voici plusieurs mois doit d'abord retrouver des bases solides chez elle.

En revanche, par l'Ouest, la SNCF pousse ses pions sur les relations ferroviaires internationales. Le groupe SNCF poursuit son développement sur l'axe France-Benelux-Allemagne via Thalys dont la DB est sortie. Quant à Eurostar, il étend son offre vers le Benelux. En décembre, il occupera le terrain entre Londres et Amsterdam. L'avion est désigné comme la première cible, mais il s'agit aussi de contrer la DB par anticipation.

DB-SNCF=1-0 dans le fret, mais 0-0 voire 0-1 dans la grande vitesse transfrontalière. En revanche, outre Rhin on déplore que le match ne se joue pas avec les mêmes règles sur le pan domestique. Si la SNCF via sa filiale Keolis est un concurrent de la DB sur le marché des trains régionaux allemands, en revanche la DB, via sa filiale, Arriva piaffe toujours. Les portes du marché du TER français sont toujours verrouillées à double tour et reservées au seul monopole de la SNCF.

Marc Fressoz