C'est le transfert de l'été dans le secteur des transports terrestres. Alexis Vuillemin, qui était le secrétaire général de l'Arafer depuis 2015, a été nommé par l’exécutif – via un décret signé le 2 août 2017 – nouveau directeur des services de transport à la Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer (DGITM) au ministère des Transports. Le poste était vacant depuis le départ, en mai 2017, de Thierry Guimbaud nommé directeur général de Voies navigables de France.

Retour au bercail

En fait, Alexis Vuillemin, X-Ponts, retourne – avec une belle promotion – dans sa maison d’origine : il y occupait les fonctions de sous directeur des transports collectifs et des déplacements après avoir été conseiller ministériel de Jean-Louis Borloo et d'Eric Woerth. Ce haut fonctionnaire du ministère des Transports avait été choisi par l’ex-patron de l'Arafer, Pierre Cardo, pour exercer la direction des services du régulateur.

Sa promotion à la DGITM où il sera placé sous l'autorité de François Poupard qui dirige celle-ci depuis le quinquennat Hollande, pourrait marquer une évolution du climat général qui existe entre la DGITM, l'Arafer et la SNCF.

Rapports apaisés Arafer-DGITM ? 

En effet, la DGITM manifeste, depuis l'origine, une certaine défiance vis-à-vis du régulateur qui a récupéré une partie de ses prérogatives (dans le ferroviaire, les services routiers, puis les autoroutes). En outre, l’Arafer est un relai de Bruxelles en matière d'ouverture à  la concurrence même si celle-ci est, pour l’instant, réduite au minimum : fret et trains de voyageurs internationaux après un ersatz de libéralisation des trains de nuit domestiques. Or, la haute administration du ministère, qui sous la pression des gouvernements successifs et de la SNCF, traîne les pieds en la matière. La DGITM n'apprécie pas non plus d'être régulièrement tancée par l’Arafer sur de nombreux sujets.

Le jugement très critique porté par le régulateur sur le contrat de performance négocié entre l'État et SNCF Réseau a ainsi été très mal vécu par la DGITM de François Poupard. Idem au sujet du dernier plan autoroutier négocié entre l'État et les sociétés d'autoroutes, littéralement taillé en pièce.

Nouvelle ambiance DGITM-SNCF 

Avec la nomination d'un ancien de la DGITM, venu du gendarme de la concurrence, on peut imaginer qu'il s'agit, en ce début de quinquennat Macron, de mettre en place le meilleur cadre possible pour réussir au mieux l'ouverture du TER et du TGV à  la concurrence, sans les tergiversations habituelles.

L'alliance objective qui a pu exister entre certains dirigeants de la DGITM et ceux de la SNCF pour contrecarrer le pouvoir du régulateur – notamment à  travers des amendements lors de l'évolution des statuts de l'organisme – devrait ainsi abandonner un peu de sa vigueur.

L'arrivée d'Alexis Vuillemin, quadragénaire compétent, structuré et ambitieux et qui a, avec la vice-présidente Anne Yvrande-Billon, a donné du fil a retordre à la SNCF, pourrait aussi redonner du poids à l'administration centrale du ministère des Transports. Il faut peut-être s’attendre à d'autres changements dans l'organigramme de l’administration…

Réduction des moyens financiers de l’État ; cap peu clair ou irréaliste et soumis à la versatilité des politiques ; échec de la gestion d'un contrat majeur comme celui de l’écotaxe, etc. : depuis plusieurs années, les hauts fonctionnaires de l'administration du ministère des Transports ont le blues. En témoignent plusieurs départs dans le privé, comme celui en 2011 de Loïc Charbonnier ou d'Olivier Quoy (mission tarification) à la direction d'Atlandes, le concessionnaire de l’A63.

Tensions au sein de l'Arafer

Evidemment, la promotion dans l'appareil d'État de l'un des siens est une nouvelle positive pour le régulateur. Reste que la démission soudaine au cœur de l'été de son secrétaire général peut aussi apparaître comme le résultat de tensions en interne liées à l’arrivée voici un an d’un nouveau président, Bernard Roman, et à une dégradation des relations entre l’Arafer et l'administration centrale. Les méthodes de travail, un peu plus verticales et centralisées, marqueraient un certain infléchissement par rapport à celles pratiquées depuis la création du régulateur.

En attendant, le président a nommé Jean-Marc Vié, jusqu'alors secrétaire général adjoint de l'Arafer, comme titulaire par intérim de l'Arafer, le temps que Bernard Roman choisisse un nouveau titulaire pour remplacer Alexis Vuillemin.

On imagine que les deux grands secteurs régulés par l'Arafer, la SNCF et les autoroutes, poussent en sous main des candidats qui pourraient leur être favorables.

Marc Fressoz