"Combien verses-tu à la SNCF ? Moi j’ai réduit ma contribution annuelle de 435 à 420 millions d’euros, j’ai obtenu 225 trains supplémentaires dans la nouvelle convention et je n’ai "que" 95 % des trains à l’heure", a témoigné Philippe Richert, président de la région Grand Est et de Régions de France.

"Moi, en PACA, je verse environ 365 millions d'euros et la régularité tourne autour de 80%. Du coup, j’ai décidé de bloquer tout paiement à la SNCF. J’ai mis 35 millions d’euros sous séquestre", a expliqué Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA).
 
Les deux hommes se sont livrés à un petit numéro de duettiste, le 30 août 2017, lors d’une conférence de presse de rentrée de Régions de France, à un mois de son congrès annuel. Philippe Richert qui rit, Renaud Muselier qui pleure : ce dialogue souligne la situation très contrastée du TER selon les territoires.

Des intérêts divergents
 
Surtout, cette situation explique l'empressement de certains exécutifs à voir les règles d'ouverture à la concurrence mises sur la table. PACA fait ainsi partie des Régions les plus impatientes à voir le monopole de la SNCF prendre fin. Son nouveau président, depuis mai 2017, souhaite comme le précédent, Christian Estrosi, expérimenter d'autres opérateurs dès 2019 et l'a signifié à la ministre des Transports Elisabeth Borne au cours de l'été. En principe, le gouvernement doit lancer, le 19 septembre 2017, ce long mouvement d'élaboration du nouveau cadre avec l'ouverture des Assises de la mobilité.
 
Seule certitude, les tensions entre la région PACA et la SNCF, qui avaient débuté avec Christian Estrosi en 2016, reprennent donc de plus belle. “Mon prédécesseur avait engagé un bras de fer avec la SNCF, Guillaume Pepy avec son équipe était venu le voir, la régularité était remontée à 84% avant de rechuter depuis juin, affirme Renaud Muselier. Je constate que lorsqu'on commence à discuter gentiment avec la SNCF, les choses se dégradent à nouveau alors je suis obligé d'en arriver là", continue le président méridional.

"Pour justifier cette faible régularité, on me dit que les voies sont en mauvaise état dans ma région et que nos trains sont pourris, c'est un peu fort",  constate Renaud Muselier. Outre la régularité qui reste médiocre, le patron de la région PACA brocarde "le manque de transparence financière" de la SNCF.

Un plan d'amélioration sur l'ouest de PACA

La SNCF admet que plusieurs phénomènes extérieurs ont contribué à faire chuter à nouveau la régularité cet été : "Les incendies et les bagages abandonnés ont eu un impact certain sur tous les trains", souligne Frank Lacroix, directeur général du TER, qui met en avant des progrès réalisés grâce à un travail sur l'organisation. "Sur la Côte d'Azur, les trains ont gagné 2,3 points de régularité ; sur Marseille-Aix, 3 points ; sur Marseille-Toulon, 1,1 point, c'est encourageant, car cela montre que nous sommes capables de faire mieux même si nous ne sommes pas encore dans la moyenne des autres régions. Mais nous avons encore un problème sur l'ouest de PACA. La semaine prochaine nous allons présenter à l'exécutif un plan d'actions pour ces lignes", annonce Frank Lacroix.
 
Le climat de tension latent entre le prestataire et son client s'explique notamment par le fait que depuis fin 2016, la région PACA fixe unilatéralement le montant de la contribution qu'elle verse à la SNCF faute d'un accord sur une nouvelle convention qui aurait dû entrer en vigueur au 1er janvier 2017. En cause, la qualité de service et le coût du TER. 

"C'est une situation que nous déplorons", explique Frank Lacroix dont les services en PACA travaillent à des propositions pour la future convention, incluant la possibilité d'une ouverture à la concurrence de certains services en cours de convention. L'automne permettra-t-il de ficeler une convention pour 2018 ? "J'aimerais pouvoir dire que les échanges vont pouvoir s'intensifier", ose Frank Lacroix

Marc Fressoz