Si le PDG de Siemens AG, Joe Kaeser parle de "fusion franco-allemande entre égaux", un détail ne trompe pas. Le futur numéro deux mondial de la construction ferroviaire s'appellera "Siemens Alstom" et non "Alstom Siemens" comme l'ordre alphabétique aurait pu le justifier. La conférence de persse donnée le 27 février près du Trocadéro par Joe Kaeser et Henri Poupard Lafarge ne laissait pas d'ambiguité sur la nouvelle hiérarchie.

Une prise de contrôle
 
La veille, le 26 septembre 2017 au soir, Alstom et Siemens AG ont donc officialisé, via un communiqué commun, leur projet de fusion qui donnera naissance, en principe en juillet 2018, à "un nouveau champion européen dans l'industrie ferroviaire pour le long terme", souligne Joe Kaeser. Son groupe va acquérir 50% des actions d'Alstom. L'État français, qui avait la possibilité d'acheter des actions détenues par Bouygues, va se retirer. Quant à Bouygues, après avoir empoché les dividendes qui sont promis aux actionnaires ( 8 euros par action) au moment du closing de l'opération, on peut douter qu'il reste actionnaire à 26 %.

En réalité, la prise de contrôle par Siemens, qui sera majoritaire au conseil d'administration, est évidente."Le conseil d'administration de l'entreprise combinée sera composé de 11 membres, et comprendra six administrateurs désignés par Siemens, dont le Président, quatre administrateurs indépendants et le CEO", souligne le communiqué.

"Pour assurer la continuité managériale, Henri Poupart-Lafarge continuera à diriger l'entreprise en tant que CEO", c'est-à-dire directeur général, ajoutent les deux partenaires. Mais, "Jochen Eickholt, l’actuel directeur général de Siemens Mobility, devrait assumer une responsabilité importante dans la nouvelle entité". Il en deviendra certainement le président.

Puis à partir de 2021, Siemens pourra devenir majoritaire à hauteur de 52% de Siemens Alstom. Le communiqué indique en effet que "Siemens recevra des bons de souscription d’actions lui permettant d’acquérir des actions d’Alstom représentant 2% de son capital et qui pourront être exercés au plus tôt quatre ans après la clôture de la transaction".

Le groupe sera coté en France et son siège installé en région parisienne, tandis que "le siège des activités de Mobility Solutions sera basé en Allemagne et celui du Matériel Roulant en France".

Un bilan financier de poids

Siemens Alstom bénéficiera d’un carnet de commandes de 61,2 milliards d’euros, avec un chiffre d’affaires de 15,3 milliards d’euros, un résultat d’exploitation ajusté de 1,2 milliard d’euros et une marge d’exploitation ajustée de 8%, sur la base d’informations extraites des derniers états financiers d’Alstom et de Siemens.  De quoi peser face au chinois CRRC et éviter la "guéguerre" stérile entre européens qui s'épuisent parfois à se marcher sur les pieds. A condition évidemment que le management du groupe s'entende, car souvent des fusions industrielles ont raté pour des querelles d'egos.

"Je suis particulièrement fier de diriger la création d’un tel groupe qui façonnera sans aucun doute l’avenir de la mobilité", commente de son côté Henri Poupart-Lafarge.

Le rapprochement de Siemens et d'Alstom devrait produire des synergies annuelles "de 470 millions d’euros au plus tard quatre ans après la réalisation de l’opération", espèrent les deux partenaires de l'ensemble qui visent une trésorerie nette à la date de réalisation comprise entre 500 millions et 1 milliard d’euros.

Un moindre mal

Sur le papier, l'addition des deux entités regroupera 62.300 salariés dans plus de 60 pays. Mais si ce mariage de raison dessine un avenir solide au futur groupe industriel,
les syndicats français craignent des réductions d'effectifs importantes en France.
 
Cependant, cette "fusion" est sans doute la moins pire des solutions au vu des errements passés des dirigeants et des actionnaires de l'ex-grand groupe Alstom qui n'a cessé au cours de ces dernières décennies de perdre des "plumes" (Alcatel, Alstom Énergie, etc.).

Marc Fressoz