Beaucoup d'air brassé pour rien ? La piétonnisation de la rive droite de la Seine, décidée par la maire de Paris Anne Hidalgo, n'a pas eu d'impact "significatif" sur l'exposition de la population à la pollution de l'air, a indiqué Airparif le 9 octobre 2017.

Dans un communiqué, l'organisme de surveillance de la qualité de l'air d'Ile-de-France note "une amélioration de la qualité de l'air le long des quais fermés à la circulation". Mais les niveaux de dioxyde d'azote restent malgré tout "au-dessus des valeurs réglementaires comme pour beaucoup d'axes 
routiers dans l'agglomération parisienne"
, insiste-t-il.

Les mesures montrent également "une légère dégradation autour des carrefours dans cette zone et à l'est, dès la fin de la zone piétonnière", ajoute Airparif, notant également des impacts "perceptibles sur quelques itinéraires de report".

Mais de manière générale, "ces impacts ne touchent pas la pollution de fond et restent limités aux abords des axes routiers concernés. De ce fait, aucun impact significatif sur l'exposition des populations n'a été mis en évidence à la hausse ou à la baisse", estime l'organisme qui désavoue en quelques sorte l'action de la Ville de Paris au sujet de l'impact de la fermeture des voies sur berge.

A mesure qu'on approche des municipales de 2020, le sujet promet de devenir politiquement de plus en plus sensible et délicat à gérer pour Anne Hidalgo, d'autant qu'on ne mesure pas encore bien l'impact des nouvelles restrictions (sur la voie Georges Pompidous, et dans la rue de Rivoli ) de circulation automobile sur les embouteillages.

Mais la capitale veut positiver les résultats d'Airparif. La mairie a salué le fait que "la piétonnisation de la rive droite n'a pas eu d'effet négatif sur la qualité de l'air" et qu'"au contraire, les niveaux de pollution dans la zone concernée ont baissé jusqu'à 25%".

"C'est une bonne nouvelle, qui confirme une fois de plus que le parc Rives de Seine ( appellation des voies sur berges piétonnisées NDLR) constitue un vrai espace de respiration pour les Parisiens et les visiteurs", s'est réjoui dans un communiqué Christophe Najdovski, adjoint en charge des transports.
Evoquant la hausse de la pollution à proximité des voies sur berge piétonnisées M. Najdovski souligne qu'elle reste "très localisée".

"Néanmoins, nous ne nous en satisfaisons pas. Nous renouvelons notre proposition de créer un bus à haut niveau de service sur les quais hauts. Paris est prête à conduire les aménagements de voirie nécessaires, mais Valérie Pécresse (la présidente de la Région Ile de France et d'Ile de France Mobilités ndlr) et le Conseil régional, en charge des transports en commun, doivent confirmer qu'ils prendront bien leur part dans ce projet", ajoute-t-il. La semaine passée, Valérie Pécresse a indiqué qu'elle n'était pas contre un tel projet s'il s'agit bien d'un bus et non d'un tram comme le souhaitait initiallement Anne Hidalgo et son équipe.

Deux campagnes de mesure

Airparif s'appuie notamment pour son évaluation sur deux campagnes de mesures, une hivernale et une estivale.

Les mesures estivales ont montré une "amélioration globale" de la qualité de l'air le long des quais dans le centre, jusqu'à -25% de dioxyde d'azote, mais une dégradation en sortie de la zone piétonne et, celle-là plus limitée, sur des itinéraires de report comme le boulevard Saint-Germain. Les résultats de la campagne hivernale, publiés en mars, étaient relativement similaires.

Le report du trafic sur le périphérique parisien se traduit également par une hausse de certains indicateurs de pollution sur cette ceinture dont Anne Hidalgo rêve qu’« un jour, dans très longtemps,“ il “ne sera plus une autoroute. Comme à Séoul, où un axe à grande circulation est devenu un parc avec au milieu une rivière »a-t-elle déclaré aux lecteurs du Parisien le 1er octobre 2017.

Voulue pour lutter contre la pollution de l'air et redonner aux piétons et vélos l'usage de ces berges de la Seine, la fermeture de la voie Georges-Pompidou, très contestée, interdit depuis l'automne 2016 aux voitures 3,3 km du quai bas le long de la Seine, de l'entrée du tunnel des Tuileries (Ier arrondissement) à la sortie du tunnel Henri-IV (IVe).
 
Selon Airparif, 77,7 milliards de kilomètres sont parcourus chaque année en Ile-de-France et la voie Georges-Pompidou "représente 0,16% du kilométrage francilien". 

MF avec AFP