Implanté à Paris depuis octobre 2017, Gobee.bike est le premier service de vélos partagés en free-floating à s'être lancé sur le marché français, il ne sera pas le dernier. Le singapourien oBike annonce son arrivée dans la capitale avant la fin de l'année et prévoit de déployer 300 vélos. De quoi inquiéter le futur exploitant de Vélib', Smoove qui remplacera JCDecaux à partir du 1er janvier 2018. Mais ces nouveaux arrivants expliquent que cela permettra à la mairie de Paris d'atteindre son objectif de 15% des déplacements en vélo dans la capitale en 2020 (contre 4% actuellement).
 
Des ambitions dévorantes
 
Le français Indigo Wheel a dévoilé ses ambitions lors des RNTP de Marseille. L'opérateur de stationnement annonce son implantation à Metz le 4 décembre 2017, mais vise toutes les villes françaises de plus de 200.000 habitants, soit une vingtaine dans l'Hexagone. Il est majoritaire au sein d'une joint-venture avec le chinois OBK Holdings qui fournit les vélos et l'appli mobile, et qui est déjà implanté en Grande-Bretagne et en Suède notamment.
 
Le leader mondial chinois Ofo – 10 millions de vélos en circulation dans 180 villes – a officiellement a annoncé son arrivé en France lors du Salon Autonomy de Paris. Son general manager France, Laurent Kennel, dit être en discussion avec "au moins cinq villes majeures". La start-up créée en 2014 est devenue l'espace de quelques années, une licorne qui a levé 700 millions de dollars à l'été 2017. "Nous voulons être leader" en France, a déclaré Laurent Kennel lors de la conférence de presse de lancement d'Ofo.

Un service sans couture
 
Le principe ? Pas de stations et donc pas d'empreinte sur la voirie. Pas d'investissements lourds donc pour l'opérateur, ni de coûts pour la municipalité et les contribuables. L'opérateur s'occupe du rééquilibrage des vélos dans la zone couverte, mais aussi de la maintenance. L'usager géolocalise et déverrouille le vélo avec son smartphone en scannant le QR code placé sur le cadre (ou en entrant son numéro identifiant).

Indigo Wheel considère que ces service seront rentables à condition de réussir à atteindre une rotation du parc équivalente à Vélib', soit 7-8 rotations par vélo et par jour. Dans ses calculs, le futur exploitant prend en compte le nombre de vélos perdus en raison du vandalisme. Cependant, ces vélos partagés en free-floating sont géolocalisables et verrouillables à distance.
 
Concurrent ou complémentaire des VLS type Vélib' ? Les responsables de ces nouveaux services de vélos partagés en free-floating assurent qu'ils sont évidemment complémentaires. En outre, Ofo comme Indigo Wheel disent vouloir s'implanter dans les villes en accord avec les collectivités et en collaboration avec elles, notamment pour déterminer les  zones d'implantation les plus pertinentes, la quantité de vélos à déployer ou encore les partenaires locaux type réparateurs qui seront associés.

Qui est le mieux placé ?
 
Nul doute que ce marché qui s'ouvre va donner lieu à une foire d'empoigne. Qui va remporter la bataille ? A première vue, le service et les prix sont les mêmes quels que soient les concurrents. Chacun annonce, par exemple, qu'il facturera à 50 centimes la première demi-heure. Un système de bonus-malus permettra, en outre, de faciliter la régulation et la maintenance. Indigo Wheel proposera, en outre, un abonnement à moins de 100 euros par an qui permettra à l'usager d'utiliser ses vélos jusqu'à deux  heures par jour.
 
La différence pourrait notamment se jouer sur la taille critique – parc de vélos mis en circulation. La qualité des vélos pourrait aussi être un élément de différenciation. Par exemple, chez Ofo comme chez Indigo Wheel, on explique que les vélos sont certes fabriqués en Chine, mais qu'ils ont été adaptés au marché français. Plus "sophistiqués" et robustes, ils disposent notamment de trois vitesses contrairement à oBike. Le français propose aussi des vélos à assistance électrique (VAE) avec son partenaire de Shanghai OBK Holdings. A la différence de ces concurrents, il propose également un modèle qui pourra accueillir des publicités sur le flanc.

Indigo (ex-Vinci Park) compte, en particulier, sur les liens qu'il a déjà noués avec les municipalités comme opérateur de stationnement pour s'imposer. "Nous avons une connaissance des centres-villes et une expérience des relations avec les collectivités", souligne Jean Gadrat, directeur du développement nouvelles mobilités, présent au salon Autonomy.

Surtout, le français ambitionne de proposer à terme, un service complet de mobilité partagée et annonce, pour le deuxième trimestre 2018, des scooters électriques et envisage aussi de se lancer dans l'autopartage...
 
Florence Guernalec