"Sympa", "très léger" (il pèse tout de même 21 kilos contre 22 pour l'actuel ), "très agréable", "une révolution" grâce à l'assistance électrique qui doit équiper trois vélos sur dix… : c'est en tandem, mais chacun sur son vélo que la maire de Paris Anne Hidalgo et le président de la Métropole du Grand Paris, Patrick Ollier ont fait l'article des futurs Vélib'.

Ces deux élus ont présenté, le 25 octobre 2017, le service Vélib' 2, baptisé "Vélib' Métropole" qui sera exploité dans 67 communes à partir du 1er janvier 2018 par le consortium Smovengo. Celui-ci agira pour le compte du Syndicat Autolib' Velib' Métropole qui s'est élargi à la nouvelle Métropole. Le tout pour quinze ans, une éternité.

Une toute nouvelle concurrence

Ce nouveau système de vélos partagés, qui succède au Vélib' de JCDecaux en cours de démontage, naît dans un contexte bien plus encombré et instable que son prédécesseur. La technologie progressant à vitesse grand V, différents exploitants de vélo en libre-service sans attache ( en "free-floating" ) proposent déjà comme Gobee.bike un service concurrent à celui de Vélib' en attendant l'arrivée de oBike et sans doute d'autres acteurs. En ligne de mire, de nouveaux adeptes de la petite reine mais aussi sans doute les 300.000 abonnés actuels de Vélib'.

Ces nouveaux acteurs proposent un système bien plus léger, sans infrastructures spéciales et "sans investissements public", soulignent-ils pour 50 centimes d'euros les 30 minutes d'utilisation, avec ou sans abonnement.

Un modèle économique déjà sous tension ?

De quoi laisser le modèle économique de Vélib' partir en roue libre ? Peut-être. Pour l'instant, le syndicat intercommunal n'a pas encore arrêté la tarification des Vélib'. Ce sera chose faire courant novembre. Difficile de mettre l'abonnement et la demi-heure d'utilisation à des tarifs trop élevés en raison de la concurrence. D'un autre côté, les recettes commerciales permettent de couvrir une part du fonctionnement et de la rémunération de Smovengo estimée à 600 millions d'euros sur quinze ans. 

Toutefois, ces vélos en free-floating qui se mettent dans la roue de Vélib' ne sont pas sans talon d'Achille. A ceux qui à l'issue de cette conférence de presse sur les bords du bassin de la Villette cherchaient à repartir avec un de ces services, l'application smartphone d'un opérateur  signalait deux vélos disponibles. A condition d'aller les chercher sous l'eau, au fond du bassin ! La technologie ouvre un boulevard au vandalisme.
 
Anne Hidalgo affichait un sourire à toute épreuve. "D'autres systèmes arrivent, tant mieux. Tout ce qui permet d'aller vers des circulations douces est une bonne chose, approuve-t-elle. L'espace public doit néanmoins être régulé. On l'a fait avec CityScoot pour éviter que les deux-roues ne se garent n'importe où." Cela augure-t-il une intervention des collectivités pour éviter que le privé prennent les bénéfices et menace l'équilibre d'un service public ?

Patrick Ollier généreux avec la petite reine

“Si on attendait ce qui se fait de mieux, on ne ferait rien “ justifie de son côté Patrick Ollier. Le président de la métropole met en avant le dynamisme du système Vélib', rallié par trois nouvelles communes : Saint-Ouen, Champigny-sur-Marne, Bois-Colombes qui permettront d'étendre l'offre "plus loin que le rayon de 1,5 kilomètre au-delà de Paris".
 
La Métropole, en quête de légitimité dans le puzzle indéchiffrable de l'Île-de-France, n'hésite pas à sortir son carnet de chèque pour le vélo. "Nous allons financer les 400 stations en dehors de Paris, pour un montant de l’ordre de 10 000 euros par stations et par an, et sous le plafond de 4 millions d'euros par an", a souligné Patrick Ollier. En outre, la Métropole met sur la table "4,7 millions d'euros pour connecter entre elles toutes les pistes cyclables des différentes communes de la capitale".

Marc Fressoz
 
Jorge Azevedo, un Transdev à la tête de Smovengo

Pour lancer son activité, le consortium Smovengo est allé chercher une figure qui incarne le nouveau service. Il ne vient ni d'Indigo, le gestionnaire de parking et principal actionnaire du consortium ni de Smoove le spécialiste du vélo ni des autres membres du groupement.  Le directeur général, Jorge Azevedo, est issu du monde du transport public puisqu'il a été recruté chez Transdev où il a passé treize années.

C'est lui, qui sur les bords de Seine, a présenté les nouveaux vélos, dotés d'un cadre en aluminium gris, d'un panier avant et d'une protection de la roue arrière verts ou bleus. Le guidon est équipé d'une VBox, "l'intelligence du vélo", un boîtier  électronique qui permet de décrocher ou raccrocher le vélo, le verrouille, transmet des informations au système et permet à l'abonné de s'y connecter avec son smartphone pour lui indiquer le temps de location, la distance parcourue, etc.

Un câble permet d'accrocher momentanément le vélo pour un arrêt-minute mais permet aussi, autre innovation, de rendre le vélo en le rangeant tête-bêche dans une station déjà pleine grâce à un système dit d'"overflow".

Le vélo électrique, qui représentera 30% du parc mais dont le nombre pourra être modulé en fonction des demandes, peut rouler au maximum à 25km/h, avec une autonomie de 50 kilomètres. Il est équipé de trois sortes d'assistance pour moduler l'effort du cycliste, du "peu d'assistance au vélo qui avance quasiment tout seul", selon M. Azevedo.

Le nouveau service sera déployé progressivement dans 1.400 stations entre le 1er janvier et la fin mars 2018. Jusqu'à la fin décembre, la moitié des 1.200 stations existantes seront démantelées, laissant en fonctionnement la moitié du parc. Puis les nouvelles stations – sponsorisées par de la publicité – prendront le relais au 1er janvier.