"Parisien rentre chez toi". Cet autocollant, qui fleurit dans certains quartiers de Bordeaux, témoigne que le TGV n'est pas toujours attendu comme une bénédiction par tous les habitants des métropoles qu'il rapproche de Paris. Depuis le 2 juillet 2017, avec l'ouverture de la LGV Tours-Bordeaux qui draine un surcroît de voyageurs – 75% en plus en juillet et août par rapport à 2016 –, Bordeaux est désormais placé à un peu plus de deux heures de Paris contre trois heures auparavant.

En conséquence, la capitale de l'Aquitaine est devenu très accessible pour les Parisiens et un certain nombre d'entre eux ont acheté un logement en Gironde, soit pour y pratiquer le télétravail, soit pour y séjourner une partie de la semaine, soit pour les vacances.

Aussi les prix de l'immobilier grimpent et la sociologie de certains quartiers va se modifier au profit des hauts revenus, comme elle a lentement évolué à Marseille depuis l'arrivée du TGV Med en 2001. Certains endroits se sont aseptisés en même temps qu'ils connaissent une gentrification privant progressivement des Marseillais de lieux qu'ils avaient l'habitude de fréquenter comme certains restaurants populaires et familiaux de la Corniche et du Vallon des Auffes devenus inabordables.

A Bordeaux, cette contestation émane de divers groupes d'habitants comme le Front de libération bordeluche face au parisianisme (FLBP) ou le Collectif pavé brûlant. Le maire de Bordeaux, Alain Juppé a rapidement réagi à cette manifestation d'hostilité contre une forme de colonisation parisienne et touristique, et a fait mine d'organiser une contre-attaque judiciaire : "Les attaques anti-nouveaux arrivants à Bordeaux sont une honte. J’envisage de saisir la justice. Notre ville est accueillante et le restera", a-t-il écrit sur
le 25 octobre 2017.

Une demande de logements en hausse

Reste que le phénomène de hausse des prix de l'immobilier est d'autant plus profond qu'il a été préparé par des opérations de réhabilitations de certains quartiers lancées plusieurs années avant la mise en service de la LGV. Cette pression ne va pas cesser à en croire le promoteur immobilier Alain Dinin, PDG de Nexity.

"Toute la façade atlantique désormais plus facilement desservie par le TGV attire énormément et la demande de logements va rester très forte, c'est une tendance de fond", a-t-il souligné fin octobre lors de la présentation de l'activité de son groupe sur les neuf premiers mois 2017.

Pour mettre en perspective l'impact sur plusieurs décennies des liaisons ferroviaires, et notamment celles des LGV sur le territoire, l'ouvrage de Pierre Messulam et Nacima Barron, "Réseaux ferrés et territoires" (1), tombe à pic puiqu'il explique comment le rail a modelé la croissance des villes et des régions et comment il a accompagné la modernisation de l'économie française et les dynamiques de production.

Marc Fressoz


(1) "Réseaux ferrés et territoires. La géographie humaine du chemin de fer - Un retour aux sources", de Nacima Baron et Pierre Messulam, édition Presses des ponts, 346 pages, 26 octobre 2017.