Pour les voyageurs du RER A, tout a fini par rentrer dans l’ordre jeudi 2 novembre 2017 avec la reprise du trafic sur le tronçon central de la ligne, gérée par la RATP. La circulation des trains avait été coupée durant deux jours et demi (du lundi 30 octobre 2017 à la mi-journée jusqu'à la reprise jeudi) entre Auber et La Défense. La raison ? Une inondation causée par la perforation de la voûte du tunnel par des entreprises chargées du prolongement d'Eole (RER E) entre Saint-Lazare et l'Ouest de Paris et qui effectuaient des forages de reconnaissance.

Une lourde facture

Mais en coulisse, c’est l’heure de la recherche des responsabilités après cette incroyable erreur. En jeu des sommes importantes qui devraient se chiffrer en dizaines de millions d’euros. Ils seront "significatifs en raison d'une mobilisation exceptionnelle de moyens matériels et humains", selon la RATP.

Il s'agit de couvrir à la fois le prix des travaux réalisés en urgence (injection de résine pour combler la brèche, évacuation de tonnes de boue, vérification des systèmes ferroviaires, mobilisation des équipes, etc.) et peut-être aussi ceux des travaux complémentaires qui suivront. Il s'agit aussi de chiffrer les conséquences commerciales pour le transporteur RATP afin de l'indemniser, alors que la Régie est hors de cause. En effet, en raison de cet incident, la RATP n'a pas été en mesure d'honorer pleinement son contrat avec Île-de-France Mobilités, ce qui lui vaut potentiellement des pénalités vis-à-vis de l'autorité organisatrice tandis qu'elle doit indemniser les voyageurs lésés.

La ministre des Transports Elisabeth Borne – par ailleurs ex-PDG de la RATP – attend cette semaine un rapport de SNCF Réseau chargé du prolongement du RER E, mais aussi du groupement titulaire des travaux dans cette zone. Elle l’a annoncé, le 2 novembre, jour de la reprise du trafic sur l'ensemble de la ligne A.

Un forage non autorisé

En fait, le processus de pré-contentieux a débuté très vite après cette erreur incroyable. Dès le lendemain de l’incident, Patrick Jeantet, le PDG du gestionnaire du réseau, maître d'ouvrage du prolongement Eole, a mis en cause, dans un courrier, la responsabilité de Bouygues Construction, le mandataire du groupement (associant Eiffage et Razel-Bec) et maître d'œuvre chargé de creuser un tunnel entre Saint-Lazare et Courbevoie et de réaliser la future gare de la Porte Maillot. 

"La réalisation de ce forage non prévu n'a fait l'objet d'aucune autorisation préalable de la part de la maîtrise d'œuvre, ce qui n'est pas acceptable et engage pleinement votre responsabilité", a écrit le PDG de SNCF Réseau le 31 octobre à Jean-Paul Trin, directeur général délégué de Bouygues Construction en charge des travaux publics. Dans ce courrier que MobiliCités a consulté, Patrick Jeantet souligne également "les conséquences particulièrement lourdes" du "sinistre". Une copie a été adressée à la ministre des transports, Elisabeth Borne.

Quid des futurs chantiers du GPE

Reste à savoir quelles conséquences ce sinistre du chantier Eole pourra avoir à court et moyen terme sur les autres grands chantiers prévus en Ile-de-France, notamment ceux du Grand Paris prévus pour l'essentiel en tunnel.

Pour Elisabeth Borne, il faut d'abord "éviter que cela ne se reproduise". "Et c'est ça tout l'enjeu maintenant, on va avoir beaucoup de travaux en Île-de-France. Vous savez qu'on a 200 kilomètres de nouvelles lignes de métro qui vont être en construction, ça n'est pas possible de préparer des transports de demain au détriment des transports du quotidien", a encore jugé l'ancienne présidente de la RATP.

Est-ce un argument supplémentaire pour justifier la baisse de rythme des chantiers menés par la Société du Grand Paris et qui sont dans le collimateur de l'Élysée, du gouvernement et d'Île-de-France Mobilités ? Réponse dans quelques temps avec les annonces prévues d'Emmanuel Macron sur le Grand Paris.

 Marc Fressoz