"Restez assis", "Ce que vous allez voir est quelque chose d’exceptionnel", "Vous allez assister à une première mondiale, que vous pourrez raconter à vos petits-enfants""Cette voiture va avoir un vrai impact sur vos vies",  "C’est une révolution"... Le président de Navya Christophe Sapet et l’animatrice de la soirée n’ont pas lésiné sur les superlatifs pour vanter le robot-taxi. L’entreprise lyonnaise s’est offert un show à l’américaine à la Cité du cinéma de Luc Besson à Saint-Denis, le 7 novembre 2017.

C'est aussi, selon les animateurs, le véhicule "le plus sophistiqué du monde" avec "un niveau de technologie extraordinaire". Google, Tesla et les autres, qui expérimentent leurs véhicules autonomes, n’ont qu’à bien se tenir ! Navya met en avant sa singularité : "Nous sommes la seule société à commercialiser un véhicule autonome", plastronne le dirigeant. Mais pour l'acheter, il faudra patienter jusqu'au troisième trimestre 2018, date de lancement annoncée.

Pour ce qui est du spectacle, les actes ont suivi la parole. Un véhicule vide est arrivé sur scène effectuant des doubles huit avant de s’arrêter pour faire monter son créateur à bord. Une autre "Autonom Cab" – c'est son nom  commercial – a suivi : avec une allure rappelant un monospace, la voiture du futur est capable d'emporter six personnes en vis-à-vis avec 10 heures d'autonomie affichées.

Des soutiens de poids

La start-up lyonnaise, rivale d’Easymile, a bénéficié de la présence de deux ministres, Jacques Mézard (Cohésion des territoires) et Elisabeth Borne (Transports) qui a souligné "la forte ambition du gouvernement d’accompagner ces industriels". On comptait également à côté des membres du gouvernement, une ex-ministre ralliée tôt à Emmanuel Macron, Anne-Marie Idrac, chargée depuis peu par l'exécutif d’une mission sur les véhicules autonomes. 

Trait d’union entre la sphère politique et l’entreprise, le néo-député LREM de Lyon, Bruno Bonnell, exultait. Jusqu’au 31 décembre 2017, il sera encore le président du conseil de surveillance de Navya. "A cette date, je laisserai alors la place à un autre, explique-t-il. Tout en conservant mes parts dans la société." Et en veillant à éviter les conflits d'intérêts...

Investir le marché des taxis

C’est par le biais du taxi que Navya veut pénétrer le marché mondial de l’automobile électrique autonome. Car pour l’instant, étant donné le prix d'achat envisagé – 260.000 euros l’unité –, ce véhicule futuriste est difficilement accessible à Monsieur-tout-le-monde. D'où la cible des gestionnaires de flottes comme les sociétés de taxis et de VTC, et les opérateurs de transport public.

Mais au delà du prix, l'enjeu est d’abord d'obtenir l'autorisation de pouvoir faire circuler ce véhicule sans conducteur dans les rues des villes et sur route ouverte avec la certitude que l’Autonom Cab se conduise bien avec les piétons et les automobilistes. "Il est dommage qu’à Paris et en France, les besoins d'autorisations s'acculement entre les différents acteurs", a déploré Christophe Sapet. Message reçu 5 sur 5 par la ministre Elisabeth Borne qui – a-t-on appris durant la cérémonie – venait de donner l'autorisation de l'État de faire rouler une voiture Navya sans conducteur à Paris. En principe, ce sera dans le quartier des Invalides au printemps 2018. "Ce seront des tests techniques avec deux personnes de Navya à bord, précise Christophe Sapet. Le véhicule ne prendra pas de passagers."

Vegas avant Paris

Le chemin est donc encore long, mais Navya peut compter sur l’Amérique et sur Keolis pour lancer des expérimentations. L’opérateur de transport public est aussi l'un des actionnaires minoritaires de Navya depuis la dernière levée de fonds de 30 millions d'euros qui a vu l'équipementier automobile Valeo et le fonds qatari Group8 monter également à bord. En janvier 2018, lors du CES de Las Vegas, Keolis, qui gère un partie des transports de la ville, déploiera des véhicules. Selon nos informations, la filiale de la SNCF a déjà acquis un certain nombre d’Autonom Cab pour les exploiter dans les rues de Sin City. En Australie, Navya compte sur le partenariat passé avec le RAC, l'automobile club royal d'Australie occidental. 

Pour l’instant, la PME vit sur sa récente levée de fonds, mais souligne qu'elle aura besoin d'argent frais pour accompagner la montée en puissance de la production. Visiblement, les actionnaires, à l'instar de Charles Beigbeder et de son fonds Gravitation, sont satisfaits et prêts à suivre. Avec sa mininavette existante – rebaptisée Navya Shuttle – et son robot-taxi, Navya ambitionne les 100 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019.

Pourvu simplement que la technologie ne fasse pas de caprices.

Marc Fressoz
 
 
Comment est faite "la voiture la plus sophistiquée du monde" ?

Avec ses 2 tonnes à vide, l'Autonom Cab est un véhicule truffé d'électronique et de savoir-faire. Le robot-taxi est doté de 10 capteurs lidars, 6 caméras, 4 radars, 2 antennes GNSS et une centrale inertielle qui lui permettent de trouver sa route tout seul.
 
Ses batteries lithium fer phosphate (LifeP04) lui permettent d'atteindre, sur le papier, une pointe de 90 km/h, mais l'Autonom Cab circulera plutôt aux alentours de 50 km/h. Autonomie annoncée : 10 heures maximales.

Le véhicule est la brique la plus visible d'un service intégré : Navya App permettra à l'usager d'accéder, en temps réel, à toutes les informations pratiques. L'appli mobile pourra surtout commander le véhicule, gérer l'ouverture et la fermeture des portes coulissantes, faire démarrer le véhicule. Autre usage : choisir la musique à bord, obtenir des infos touristiques, etc. 

La connectivité du véhicule permettra aussi à son opérateur de superviser la flotte et de gérer la maintenance du véhicule.