A l'approche de l'anniversaire de la catastrophe d'Eckwersheim du 14 novembre 2015, la SNCF et sa filiale Systra s'attendent à être mises en examen comme personnes morales pour homicides et blessures involontaires. En effet, Systra est convoquée le 18 décembre, la SNCF le 20 décembre par le juge chargé de l'enquête sur le déraillement d'une rame d'essai du TGV Est en 2015, qui avait fait 11 morts et 42 blessés. Jusqu'à présent, la justice avait mis trois personnes physiques en examen, des membres de l'équipe du TGV d'essai.

Cette étape est la suite logique de la récente remise de la version définitive du
rapport des experts judiciaires, qui pointe la responsabilité de SNCF Mobilités et de sa filiale d'ingénierie, Systra, chargée de coordonner les essais.
 
Une communication préventive

Le groupe, présidé par Guillaume Pepy, a tenu à prendre les devants vis-à-vis de ses salariés en leur annonçant  le 9 novembre 2017, via
un communiqué interne "Temps réel", que "SNCF et Systra sont convoqués par la justice pour une probable mise en examen dans le courant de décembre". L'enquête est menée sous l'autorité de juges d'instruction du pôle "Accidents collectifs" du tribunal de grande instance de Paris.

La SNCF a communiqué cette information juste avant la diffusion sur France 2 d'une enquête réalisée par le magazine
décortiquant le scénario de la catastrophe. Le groupe public tenait à annoncer la nouvelle à ses cheminots avant qu'ils ne l'apprennent via l'émission d'Elise Lucet. La SNCF avait fait le choix de ne pas répondre aux journalistes en prétextant que l'enquête judiciaire n'était pas achevée.
 
Un précédent malheureux

En réalité, les responsables de la SNCF ont gardé un cuisant souvenir d'une précédente émission d'Elise Lucet sur le déraillement de Brétigny-sur-Orge. Ils avaient cru pouvoir contrôler l'image que l'émission allait renvoyer de la SNCF en participant à l'émission. Mais le témoignage de Frédéric Delorme, directeur général sécurité du groupe, avait été contre-productif.

Après avoir assuré que la SNCF connaissait parfaitement l'état de chaque kilomètre de voie, il avait demandé à l'équipe de journalistes de lui signaler tout dysfonctionnement constaté sur les rails. Cette intervention n'avait pas contribué à redorer l'image d'une entreprise qui avait également demandé à certains cheminots liés au déraillement de Brétigny de
ne pas coopérer avec la justice.

Reste que dans le cas d'Eckwersheim, l'entreprise, qui a le plus à perdre en termes d'image et de réputation, est à coup sûr Systra. En effet, Envoyé Spécial présente – à tort ou à raison – la direction de l'entreprise comme étant peu concernée par la catastrophe qui a tué plusieurs de ses salariés ainsi que des proches de ces derniers.

Le PDG de SNCF Mobilités Guillaume Pepy, le PDG de SNCF Réseau Patrick Jeantet et le président de Systra Pierre Verzat se rendront, le 14 novembre 2017, à Strasbourg pour rencontrer les familles des victimes.

Marc Fressoz