Rapporteur du budget transport à l'Assemblée nationale, le député de la Drôme Hervé Mariton fait les comptes et selon ses calculs, "si l'AFITF (l'Agence de financement des infrastuctures de France dont le budget s'élève à 2 milliards d'euros) devait financer à elle seule le Snit, il lui faudrait 130 ans !". 

Pour le parlementaire UMP, la France n'a plus les moyens de ses ambitions en matière de lignes à grande vitesse (LGV). C'est la conclusion à laquelle il est arrivé dans son rapport consacré au Snit et présenté le 19 mai 2011 à ses collègues de la commission des finances à l'Assemblée.
Un temps pressenti pour succéder à Dominique Bussereau fin 2010 au secrétariat d'Etat aux Transports (poste finalement offert à Thierry Mariani), Hervé Mariton dresse un double constat : d'une part la "faiblesse du plan de financement" des projets inscrits au schéma pour les 25 années à venir, d'autre part, "l'absence de hiérarchisation des projets".


"L'Etat ne peut pas se défausser sur RFF"

Le Snit qui fait la part belle au ferroviaire avec 145 milliards d'euros d'investissements (55,6% des dépenses totales) comporte pour 260 milliards de projets, dont 160 milliards de développement, "hors dépenses du Grand Paris", précise le député.
L'Etat devrait apporter 86 milliards, les collectivités territoriales 97 milliards, le solde serait financé par des concessionnaires ou d'autres partenaires privés, et par Réseau ferré de France (RFF) "dont la dette passerait alors de 28 à 35 milliards d'euros sur 15 ans".
"Tous les projets ne sont pas finançables et l'Etat ne peut plus se défausser sur RFF", martèle Hervé Mariton.

Seule "une part mineure pourra provenir des recettes d'exploitation", il faudra donc mobiliser les fonds publics  "à concurrence de 45% à 90% des investissements". Hervé Mariton considère que l'Etat a tendance à surestimer les trafics attendus, et que même sur des lignes très fréquentées comme la LGV Paca, le taux de couverture des investissements par les recettes n'est que de 10%.


4 projets de LGV sur les rails

Aujourd'hui, quatre projets de LGV sont déjà engagés, pour 17 milliards d'euros : 
  • Rhin-Rhône (Strasbourg-Lyon), largement financée par les collectivités, qui sera inaugurée début septembre 2011
  • Phase 2 du TGV Est
  • Bretagne-Pays de Loire.
  • Tours-Bordeaux : selon Hervé Mariton, de tous les exemples étudiés pour son rapport, cette LGV offre les meilleures perspectives de recettes (55% des investissements programmés). Et pourtant, le bouclage financier n'est pas du tout certain (lire l'encadré ci-dessous).

13 autres projets pour 86 milliards d'euros

ce qui amène le député à s'interroger sur les 13 autres projets de LGV : Bordeaux-Toulouse, Poitiers-Limoges, Paris-Le Havre et Roissy-Picardie.

Le gouvernement va devoir se prononcer sur la suite à donner à ces projets plus ou moins amorcés, dont le coût total est estimé à 86 milliards d'euros. La commission des finances de l'Assemblée nationale va auditionner la ministre de l'Ecologie le 14 juin. Mais pour l'instant, le débat parlementaire sur le Snit n'est pas programmé.

Nathalie Arensonas