Vingt centimes du kilomètre, soit une indemnité de 352 euros par an pour les salariés qui prennent leur bicyclette sur les trajets domicile-travail. Qui paierait ? Les entreprises, aidées fiscalement par l'Etat. C'est l'une des propositions que Jean-Marie Darmian, président du Club des villes et territoires cyclables (CVTC), s'apprête à présenter à Thierry Mariani.

Le secrétaire d'Etat aux Transports avait installé une table ronde vélo début juillet 2011 et l'association de défense du vélo urbain et de tourisme doit lui présenter ses idées le 2 septembre.
"Elles ne signifient pas des dépenses supplémentaires pour l'Etat mais l'orchestration de mesures nécessaires dans le cadre d'un Plan national en faveur du vélo, au moment où son usage augmente, notamment en ville", insiste Jean-Marie Darmian. L'élu espère convaincre le gouvernement d'inscrire cette mesure dans la loi de Finances 2012.
Les exonérations fiscales ne sont pas vraiment dans l'air du temps... Et cette indemnité s'ajouterait-elle au versement transport dont s'acquittent déjà les entreprises de plus de neuf salariés implantées dans un périmètre du transport urbain ?

Aujourd'hui, la part du vélo représente 4% des déplacements domicile-travail parmi les personnes qui habitent à moins de huit kilomètres de leur lieu de travail. Pas terrible... mais ce chiffre cache de fortes disparités selon les villes. A Strasbourg, exemplaire en la matière, le vélo représente 9% des déplacements, 12% dans la ville centre.


"Au travail à velo"

"Le vélo ce n'est pas que pour les Bo-bo, la moitié des déplacements représente moins de deux kilomètres, ce chiffre résume l'intérêt du vélo à lui tout seul. Et le vélo, c'est 0 euro à la pompe", lance le maire PS de Créon (Gironde) qui témoigne des difficultés financières éprouvés par de plus en plus d'administrés pour payer le transport scolaire de leurs enfants. "Le vélo est un moyen de transport anti-crise", dit-il.

La proposition "Au travail à vélo" comprend la mise à disposition gratuite de vélos par les entreprises qui s'équiperait de flottes, ou bien une indemnité de 0,20€/km pour l'achat d'un deux-roues non motorisé (classique ou à assistance électrique) utilisé pour se rendre sur le lieu de travail. Un peu sur le modèle du "Cycle to work" qui existe en Grande-Bretagne depuis 1999.
De l'autre côté de la Manche, 15 000 entreprises indemnisent ainsi leurs salariés cyclistes, soit 400 000 bénéficiaires d'une aide à l'achat de vélos. La mesure existe aussi en Belgique.

En France, l'ancien ministre de l'Industrie Christian Estrosi avait annoncé une aide à l'achat de vélos à assistance électrique (VAE), mais les cyclistes n'en n'ont jamais vu la couleur (idem pour l'achat de scooters électriques). Seules certaines colectivités locales, comme Aix-les-Bains ou Chambéry par exemple, accordent une aide de 250 euros à l'achat d'un VAE.

La prime de 0,20€/km à l'achat d'un vélo de travail représenterait en moyenne 350 euros par an et par salarié, selon les calculs du Club. A l'échelle nationale, le coût total de la mesure représenterait 140 millions d'euros par an, supportés par l'employeur qui bénéficierait d'exonérations fiscales et sociales : déductions sur les investissements réalisés (achats ou aides à l'achat de vélos, installations de parkings sécurisés).


"Plus profitable que de taxer Coca Cola"

"Le vélo, c'est bon pour la santé, et inciter son usage serait plus profitable que de taxer Coca Cola !", ironise le président du Club des villes cyclables. Référence au plan de rigueur présenté fin août 2011 par François Fillon qui prévoit une taxe sur les sodas avec sucre ajouté.

Selon les estimations du Club, 3% de parts de marché gagnés par le vélo sur les autres modes de déplacement équivaut à 5,6 milliards d'économies sur les dépenses de la Sécurité Sociale.


Nathalie Arensonas