380 km/h en 1981, 574,8 km/h en 2007, les records de vitesse du train le plus rapide du monde ont fait les beaux jours de la SNCF. Et si aujourd'hui la "vache à lait" commence à montrer des signes de faiblesse, la compagnie ferroviaire conclut une tournée anniversaire dans 16 villes françaises et européennes pour les 30 ans du TGV, par une journée événement à la gare de Lyon, le 24 septembre 2011.

En 30 ans, le TGV n'a cessé d'agrandir sa toile sur le territoire français où il roule sur 1 900 km de lignes à grande vitesse (LGV). Et le Grenelle de l'environnement a prévu la construction de 2 000 km de LGV d'ici à 2020, puis 2500 km supplémentaires dans les années suivantes.


Trois chantiers de LGV en cours

Actuellement, trois chantiers de construction de lignes à grande vitesse sont en cours et un quatrième devrait être ouvert en 2012.
  • A l'est, la ligne à grande vitesse Paris-Rhin-Rhône, inaugurée le 8 septembre 2011 à Besançon par Nicolas Sarkozy et qui doit entrer en service commercial le 11 décembre, permet de relier Dijon à Strasbourg en deux heures contre 3 heures 40 actuellement (lire l'article sur ce sujet).
  • A l'ouest, la LGV Bretagne-Pays de Loire, prolongera la ligne Paris-Le Mans en direction de Rennes, qui ne sera plus qu'à 1h26 de la capitale en 2016.
  • Un an plus tard, la LGV Sud Europe Atlantique, extension de Paris-Tours, mettra Bordeaux à 2h05 de Paris. D'autres extensions sont prévues à partir de Poitiers vers Limoges, de Bordeaux vers l'Espagne d'un côté et Toulouse de l'autre.
  • Au sud, le contournement de Nîmes et Montpellier a fait l'objet d'un appel d'offres et le projet de construire une LGV entre Nice et Marseille est à l'étude. Car cet ambitieux programme, voulu par le gouvernement et soutenu par de nombreux élus pour qui le TGV reste synonyme de désenclavement, d'essor économique et d'afflux touristique, il reste à financer.
La ligne Tours-Bordeaux, par exemple, donne à réfléchir. Le financement de ce projet de 7,8 milliards d'euros (répartis entre l'Etat, les collectivités locales, RFF, Vinci) a donné lieu à des mois de négociations avant sa signature en juin 2011. Et un recours visant le financement de la ligne déposé en juillet devant le tribunal administratif de Pau par l'association de l'environnement Pays basque-Sud des Landes pourrait ralentir le projet.

Freinage général

Par ailleurs, plusieurs collectivités se font tirer l'oreille pour accorder la part du financement qui leur revient. C'est le cas de Poitou-Charentes ou de conseils généraux en Midi-Pyrénées.

La SNCF et RFF ne débordent pas non plus d'enthousiasme. D'autant que la cascade d'incidents qui a perturbé les trains à l'hiver 2010, suscitant une fronde inédite des usagers face au piteux état du réseau ferré, les a incités à revoir leurs priorités.

Le patron de RFF, Hubert du Mesnil, a ainsi déclaré que "l'argent public devrait d'abord aller au réseau existant", sachant qu'"il manque un milliard d'euros chaque année pour financer dans de bonnes conditions la rénovation du réseau ferroviaire français".
De son côté, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, a estimé qu'on ne pouvait "imaginer un droit de chaque ville au TGV en France", affirmant qu'il faut en finir avec le "tout TGV", une stratégie qui "a pu donner le sentiment d'une SNCF à deux vitesses" (lire aussi sur ce sujet l'interview de Marc Fressoz, auteur de "Faillitte à grande vitesse").


Perspectives à l'international

En réalité, plutôt qu'en France où 30% des lignes TGV ne sont pas rentables, c'est à l'étranger que la SNCF entend développer les LGV. A commencer par l'Europe, qui constitue "la nouvelle frontière" de la SNCF, car elle est "à la taille du TGV", selon G.Pepy.
"Le service à grande vitesse s'est déjà développé à travers Eurostar, Thalys, mais il va continuer à se déployer en Espagne, en Italie, dans la partie nord de l'Angleterre et vers l'est à partir de Strasbourg", a rappelé le patron de la compagnie ferroviaire publique.

La SNCF espère bien remporter un contrat de ligne à grande vitesse en Arabie saoudite et aux Etats-Unis, où elle est toutefois sommée depuis plusieurs mois de rendre des comptes sur son action pendant la seconde guerre mondiale.

Nathalie Arensonas avec AFP