Cette fois, la médiation de Jacques Rapoport s'est bel et bien terminée... le 7 février 2017, soit une semaine après le calendrier prévu. Le temps d’examiner et de discuter des propositions de dernière minute mises sur la table par Uber, qui détient 80% de part de marché du VTC.

La plate-forme, qui concentre toutes les critiques, consent à aider financièrement les chauffeurs en difficulté à gagner un revenu qui les place dans une "situation standard" comme le préconisait le médiateur. Jacques Rapoport n’était pas en mesure de dire combien de chauffeurs étaient potentiellement concernés. Un nombre "significatif", selon lui. Sans doute des milliers.

Un chiffre d’affaires plancher

En clair, Uber va identifier tous les chauffeurs partenaires de la plate-forme qui perçoivent une recette inférieure à 21 euros de l’heure avec plus de 40 heures de connexion par semaine, un double critère considéré comme le point d’équilibre pour permettre aux chauffeurs d’avoir un revenu décent. "J’aurais référé 23 euros", a admis le médiateur. 

Concrètement, ceux qui accepteront d’entrer dans le dispositif, recevront une aide financière transitoire, le temps d’atteindre ce montant de recettes plancher. Uber les aidera à adapter leurs méthodes de travail pour y parvenir. La start-up n’a pas fixé d’enveloppe financière : elle s’est engagée à mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour réussir et à traiter toutes le situations d’ici au mois de juillet, a précisé le médiateur. Enfin, Uber a accepté qu’une commission composée de chauffeurs désignés par les organisations représentatives contrôle l’effectivité de l’aide apportée par Uber.

Jacques Rapoport a jugé cette proposition "satisfaisante" : "elle mérite, à mes yeux, d’être retenue". Cependant, le médiateur a bien conscience que la revendication principale des chauffeurs Uber – hausse des tarifs des courses et baisse de la commission prélevée part la plate-forme (25%) – n’est pas satisfaite. Mais, celui-ci a indiqué que Uber avait refusé cette solution et qu’il n’était pas de son ressort ni des pouvoir publics d’imposer une stratégie commerciale à la plate-forme, mais d’intervenir sur ses conséquences. 

Une méthode rusée

Néanmoins, Jacques Rapoport laisse entendre, à mots couverts, que la proposition d’Uber va aboutir à ce que la plate-forme finisse par s’aligner sur les tarifs et commissions des plates-formes françaises. "L’idée est de partir des cas particuliers. La commission sera amenée à tirer des enseignements généraux, a assuré le médiateur. Ma conviction, c’est que cela conduira à re-challenger le fonctionnement du système." Autrement dit, la start-up tirera elle-même les conclusions que son modèle économique low cost n’est pas tenable.

En attendant, Jacques Rapoport remettra ses conclusions au gouvernement le 8 février 2017 : "Ce qui paraît fondamental, c’est d’instaurer un dialogue. C’est le cœur des préconisations du médiateur (…) il est important de sortir de cette mécanique de non-dialogue qui est mortifère pour tout le monde". 

Florence Guernalec